
« Aussi longtemps qu’il le faudra » : le blocus naval américain s’étend, l’Europe et l’Asie sous pression
La marque est déposée : le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a imposé vendredi un tournant rhétorique et stratégique en annonçant que le blocus naval visant l’Iran prendrait une ampleur mondiale et se poursuivrait « aussi longtemps qu’il le faudra ». Devant la presse au Pentagone, il a affirmé qu’« aucun navire ne quitte le détroit d’Ormuz sans la permission de la marine américaine », tout en promettant que la guerre ne serait pas « sans fin » – une contradiction qui traduit moins l’imminence d’un accord qu’une volonté de garder la main sur le tempo de la négociation. L’opération « Fureur épique », entrée dans sa neuvième semaine, bénéficie d’un cessez-le-feu prolongé, mais la poursuite du blocus, qualifiée par Téhéran de violation de la trêve, installe un rapport de force asymétrique où Washington espère dicter les conditions tout en évitant l’enlisement.
Derrière les déclarations martiales se lit une offensive diplomatique contre les alliés occidentaux et asiatiques. Hegseth a dénoncé avec virulence le « parasitisme » des Européens et des Asiatiques, accusés de se défiler face à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz par des mines iraniennes, alors que le conflit, présenté comme un « cadeau au monde » de la part du président Trump, viserait à empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Dans les chancelleries du Vieux Continent, la tonalité est à la gêne : plusieurs capitales, Paris en tête, rappellent que la liberté de navigation est un bien commun qui exige une réponse multilatérale, mais répugnent à engager des forces navales dans un face-à-face bilatéral dont les objectifs restent flous. L’opinion publique canadienne-française, longtemps réticente à toute aventure militaire au Moyen-Orient, voit dans la rhétorique de Hegseth une tentative d’embrigadement qui ignore les coûts humains et économiques d’une éventuelle escalade.
Du côté des pays du Sud, l’inquiétude grandit. Les économies africaines importantes d’hydrocarbures, de Luanda à Alger, surveillent avec nervosité l’évolution de la situation dans le détroit, passage obligé pour une part substantielle du brut destiné aux marchés européens et asiatiques. Le minage du chenal par Téhéran, confirmé par Washington, fait planer le spectre d’une hausse brutale des prix de l’énergie et d’une perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales, ravivant les souvenirs du choc pétrolier de 1973. Les analystes du Maghreb notent que si l’administration Trump se targue d’avoir déjà détourné trente-quatre navires, elle élude la question de la légitimité d’un blocus décrété unilatéralement, qui pourrait créer un précédent dangereux pour d’autres voies navigables stratégiques.
Téhéran, en retour, instrumentalise la situation sur la scène intérieure et internationale. En dénonçant le blocus comme une violation du cessez-le-feu, le régime tente de ressouder une population éprouvée par les sanctions et de se poser en victime d’une agression impériale. Les observateurs iraniens estiment que si les États-Unis continuent d’étendre le périmètre de leur blocus – « il grandit et devient mondial », a martelé Hegseth –, la tentation sera forte pour les Gardiens de la révolution de multiplier les actions asymétriques en mer d’Oman ou par proxies interposés, rendant toute désescalade encore plus hypothétique.
À terme, la position américaine, qui manie alternativement la promesse d’« un bon accord » et la menace d’une durée indéterminée du blocus, laisse entrevoir une impasse stratégique. Si l’Europe refuse de s’aligner formellement sur une opération jugée trop alignée sur les intérêts israélo-américains, la fracture transatlantique se creusera au moment même où le dialogue avec l’Iran aurait besoin d’une médiation crédible. Les pays émergents, quant à eux, pourraient accélérer leur recherche de routes commerciales alternatives, tandis que la Russie et la Chine observeront attentivement les limites de la puissance navale américaine soumise à l’épreuve des mines, des missiles côtiers et de la lassitude des opinions publiques. La guerre n’aura peut-être pas besoin d’être « sans fin » pour infliger au monde de profondes et durables secousses.
Élargis ton regard
Washington évoque un accord imminent sur le détroit d’Ormuz, Téhéran dément toute négociation directe
6 langues · 52 sources
Depuis Economy & MarketsSpaceX double son chiffre d’affaires mais inquiète par ses dépenses en IA
9 langues · 24 sources
Depuis TechnologyWashington exclut les modèles d’IA ouverts, y compris chinois, de son nouveau cadre de sécurité
5 langues · 11 sources