
Australie : renoncer à taxer le gaz, un choix géopolitique qui interroge
Le premier ministre australien, Anthony Albanese, s’apprête à écarter toute nouvelle taxation des géants du gaz dans le prochain budget, malgré les appels pressants d’une partie de son propre camp et de la société civile. La décision, confirmée par plusieurs sources à Canberra, enterre pour l’instant l’idée d’une taxe de 25 % sur les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), mesure défendue par le sénateur indépendant David Pocock et les Verts. L’exécutif justifie ce renoncement par la crise énergétique mondiale et par la nécessité de garantir des approvisionnements stables aux alliés asiatiques, notamment le Japon et la Corée du Sud, dans un contexte de tensions accrues sur les marchés pétroliers. Ce calcul diplomatique, qui privilégie la sécurité énergétique régionale à la rentrée fiscale, n’est pourtant pas sans susciter des remous jusqu’en Europe et en Afrique francophone.
Du côté des partenaires asiatiques, la décision australienne est accueillie avec soulagement : Tokyo et Séoul, grands importateurs de GNL, redoutaient une hausse des prix qui aurait fragilisé leur propre transition énergétique. Mais ce choix a des répercussions bien au-delà du Pacifique. Au Canada, autre grand producteur d’hydrocarbures, des voix s’élèvent pour dénoncer un signal contradictoire : Ottawa peine à concilier ses engagements climatiques avec l’exploitation des sables bitumineux, et voir Canberra renoncer à une taxe sur les superprofits renforce le lobbying des compagnies pétrolières canadiennes. En Afrique, où des pays comme le Mozambique et le Nigeria développent leurs propres projets gaziers, l’attitude australienne est scrutée de près. Plusieurs analystes estiment qu’elle pourrait affaiblir les pressions en faveur d’une taxation équitable des ressources naturelles sur le continent, alors que les populations locales réclament une meilleure redistribution des revenus de l’extraction.
En Belgique et en France, le débat sur la taxation des superprofits énergétiques a déjà connu des avancées législatives, et la position australienne est perçue comme un recul politique. Les ONG environnementales francophones y voient la preuve que la realpolitik énergétique l’emporte souvent sur les promesses de verdissement. Pourtant, à Canberra, le gouvernement assure que la porte n’est pas fermée : des réformes plus modestes, comme un ajustement de la taxe sur les ressources pétrolières (PRRT) ou un impôt sur les bénéfices exceptionnels, restent à l’étude. Une commission sénatoriale menée par les Verts continue d’examiner le régime fiscal gazier, et l’issue de ses travaux pourrait raviver la pression sur l’exécutif. Mais dans l’immédiat, la priorité d’Albanese est claire : sécuriser les approvisionnements de ses alliés asiatiques, quitte à différer une nécessaire réforme fiscale. Le pari est risqué, car il pourrait alimenter un sentiment d’injustice chez des électeurs frappés par la hausse du coût de la vie, tout en fragilisant la crédibilité climatique de l’Australie sur la scène internationale.
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