
Brésil-Philippines : deux démocraties au bord du basculement autoritaire ?
Le double revers infligé au président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva par un Congrès conservateur, conjugué à la relance de la procédure d’impeachment contre la vice-présidente philippine Sara Duterte, dessine en cette mi-2026 un paysage politique contrasté où la fragilité des institutions démocratiques se donne à voir sur deux continents. À Brasília, la défaite la plus cinglante est sans doute celle du rejet, par le Sénat, du candidat de Lula à la Cour suprême, l’avocat général Jorge Messias — une première depuis 1894, soulignent les chroniqueurs latino-américains. Moins de vingt-quatre heures plus tard, le Parlement réuni en session conjointe a annulé le veto présidentiel à une loi réduisant la peine de l’ancien chef d’État d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné l’an dernier pour tentative de coup d’État.
Sa détention en régime fermé passerait de vingt-sept à vingt-deux ans, une brèche que les observateurs européens jugent préoccupante pour l’État de droit, à six mois d’une élection où Lula, quatre-vingts ans, briguera un quatrième mandat face au fils aîné de Bolsonaro, le sénateur Flávio. En Asie du Sud-Est, le théâtre est autre mais le scénario non moins tendu. La commission de la justice de la Chambre des représentants philippine a en effet estimé, à une large majorité, qu’il existait une présomption suffisante pour ouvrir un procès en destitution contre la vice-présidente Sara Duterte, fille de l’ancien dictateur Rodrigo.
Alors que l’an dernier la procédure avait été enterrée, les alliés du président Ferdinand Marcos Jr. ont cette fois verrouillé le calendrier : le rapport devrait être transmis au Sénat avant la mi-mai. Pour les analystes francophones d’Afrique et du Canada, ces deux affaires révèlent une même tension entre l’exécutif et un législatif devenu machine de guerre contre les figures en place, mais aussi la capacité des majorités à instrumentaliser les règles constitutionnelles à des fins partisanes. Au Brésil, la perte de contrôle du Congrès par Lula fragilise sa réélection et pourrait, si la chute de popularité se confirme, ouvrir la voie à un retour des bolsonaristes.
Aux Philippines, le procès de Sara Duterte, si elle est reconnue coupable, priverait Marcos d’un rival redoutable mais attiserait les tensions entre les grands clans du pays. L’année 2026 s’annonce ainsi comme un test de résilience pour des démocraties où la règle du jeu semble chaque jour un peu plus flexible.
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