
Elon Musk dévoile un projet titanesque de 119 milliards de dollars pour produire ses propres puces au Texas
SpaceX, Tesla et xAI s'associent pour bâtir le Terafab, une méga-usine de semi-conducteurs destinée à servir l'IA et les data centers orbitaux.
C'est par une demande d'exonération fiscale déposée auprès du comté de Grimes, au Texas, que SpaceX a révélé l'ampleur vertigineuse de son projet Terafab. Ce complexe de fabrication de puces, annoncé en mars par Elon Musk, nécessiterait un investissement initial de 55 milliards de dollars, pouvant atteindre 119 milliards si toutes les phases sont réalisées. L'usine, située près du réservoir de Gibbons Creek, doit approvisionner en composants critiques l'empire muskien : intelligence artificielle pour les robotaxis de Tesla, robots Optimus, et futurs centres de données en orbite de SpaceX. Le projet intègre également xAI, la start-up d'IA du milliardaire, et vient de s'attirer le concours d'Intel pour la conception et le packaging des circuits les plus avancés, notamment via le futur procédé 14A.
Cette offensive industrielle s'inscrit dans une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. Aux États-Unis, elle répond à une volonté de souveraineté technologique, après les pénuries de 2021 et les restrictions imposées à la Chine. En Asie, elle inquiète Taïwan, dont TSMC domine la fabrication de pointe : le Terafab entend briser cette dépendance en internalisant la production de logique, de mémoire et d'assemblage sous un même toit. L'Asie du Sud-Est, notamment la Malaisie et le Vietnam, qui attirent les investissements de repli, voit émerger un concurrent inattendu.
En Europe, ce mégaprojet relance les débats sur l'autonomie numérique. Bruxelles, avec son Chips Act, peine à attirer des unités de pointe comparables ; le Terafab démontre que les capitaux privés, adossés à une demande interne colossale, peuvent accélérer des ruptures que les subventions publiques n'atteignent pas. Dans l'espace francophone, le Québec suit avec attention ce chantier, car ses ressources en terres rares et en minerais critiques pour les composants électroniques pourraient trouver un débouché dans les chaînes d'approvisionnement nord-américaines. De même, la Belgique, via son pôle de recherche IMEC, observe les innovations en matière de packaging hétérogène que le Terafab promet de déployer.
Au-delà des chiffres, c'est le modèle économique qui interroge. Morgan Stanley avait initialement estimé le coût du Terafab à 45 milliards, soit bien moins que les 55 milliards aujourd'hui avancés. La différence reflète l'inflation des ambitions : Musk ne se contente plus d'acheter des puces, il veut maîtriser leur conception jusqu'à l'extrême limite de la miniaturisation. Cette verticalisation pourrait provoquer un choc de compétitivité dans un secteur déjà fragilisé par la guerre des semi-conducteurs. L'enjeu, pour les années à venir, est de savoir si ce pari texan parviendra à conjuguer rendement industriel et souveraineté technologique, ou s'il ne fera qu'exacerber les tensions géopolitiques autour d'une ressource devenue aussi stratégique que le pétrole.
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