
Concentration bancaire en Israël : le régulateur frappe fort, la Banque centrale résiste
L'Autorité israélienne de la concurrence déclare les cinq grandes banques groupe de concentration et impose des restrictions sur les dépôts, malgré l'opposition de la Banque d'Israël.
L’Autorité israélienne de la concurrence a pris une décision rare et lourde de conséquences en déclarant les cinq plus grandes banques du pays — Hapoalim, Leumi, Mizrahi Tefahot, Discount et l’International — comme constituant un groupe de concentration dans le secteur des services aux particuliers et aux petites entreprises. Pour la première fois depuis treize ans, cet outil réglementaire est utilisé, et il s’accompagne de restrictions immédiates sur les dépôts bancaires, que le régulateur accuse de générer des surcoûts de l’ordre de 20 milliards de shekels pour les clients sur les deux dernières années, en raison d’une concurrence insuffisante.
La réaction de la Banque d’Israël ne s’est pas fait attendre. Dans une prise de position officielle, l’institution monétaire juge ce geste « extrême et disproportionné », craignant qu’il ne dissuade les investisseurs étrangers sans pour autant améliorer le bien-être des consommateurs. La banque centrale souligne qu’elle n’a pas donné son accord préalable et que les nouvelles mesures chevauchent des réformes déjà engagées de son côté, comme le relèvement des taux d’intérêt sur les dépôts. Ce bras de fer entre deux autorités publiques illustre les tensions qui traversent le système financier israélien, où la concentration bancaire est un sujet politique sensible.
À l’international, le contexte financier semble pourtant favorable aux grandes institutions bancaires. Aux États-Unis, une étude du cabinet Johnson Associates prévoit une hausse des bonus des banques d’investissement de 39 % par rapport à 2022, surpassant la progression des fonds de capital-investissement et des hedge funds. Les banques américaines regagnent ainsi leur place de grands pourvoyeurs de rémunérations dans la finance, portées par les activités de fusions-acquisitions et de levées de fonds. Parallèlement, le marché du travail américain montre des signes de stabilisation : les entreprises privées ont créé 109 000 emplois en avril, tirées par les secteurs de la santé, de l’éducation et de la construction liée aux centres de données pour l’intelligence artificielle.
Ces tendances américaines, si elles confirment la vigueur des grandes banques outre-Atlantique, jettent une lumière crue sur le dilemme israélien. En Europe et dans les pays francophones — du Canada à la Belgique en passant par l’Afrique —, les régulateurs observent ce précédent avec attention : la décision israélienne pourrait inspirer d’autres autorités de la concurrence confrontées à des systèmes bancaires très concentrés, mais au risque de heurter les banques centrales soucieuses de stabilité systémique. À l’heure où l’intelligence artificielle menace de bouleverser les parcours des jeunes banquiers, et où les marchés mondiaux valorisent la réactivité des institutions financières, la méthode douce prônée par la Banque d’Israël — réformes progressives plutôt que déclarations chocs — trouve des échos dans les capitales européennes.
Reste à savoir si la mise en œuvre des restrictions, prévue pour mai 2027, tiendra compte des risques systémiques pointés par la banque centrale. Le marché boursier israélien, pour l’instant, n’a pas sanctionné la décision : les actions des banques ont légèrement progressé, à l’exception de Discount. Mais l’issue de ce conflit réglementaire dépendra de la capacité du gouvernement à arbitrer entre concurrence accrue et stabilité financière, dans un climat macroéconomique déjà tendu par l’inflation et les incertitudes géopolitiques.
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