
Consommation en berne en Argentine, signaux contrastés au Brésil en avril
Alors que l'Argentine subit une chute des ventes au détail et un record de défauts de paiement, le Brésil affiche des indicateurs contradictoires entre progression sectorielle et recul global.
La reprise tant attendue par le gouvernement de Javier Milei se fait toujours attendre. En avril, les ventes au détail en Argentine ont reculé de 3,2 % sur un an et de 1,3 % par rapport à mars, selon la Confédération argentine de la moyenne entreprise (CAME). Plus inquiétant encore, le taux de défauts de paiement des ménages a atteint son plus haut niveau depuis vingt ans, signe que le pouvoir d’achat s’érode sous l’effet d’une inflation persistante et de salaires réels en baisse. Les consommateurs argentins se tournent vers les produits de première nécessité, dopant les ventes de pharmacie (+6,1 %), tandis que les secteurs non essentiels – bazar et décoration (–12,3 %), parfumerie (–7,2 %) – s’effondrent. Le constat est univoque : la demande intérieure reste atone, et les promesses de reprise économique s’éloignent.
Au Brésil, le tableau est plus contrasté. Deux enquêtes privées livrent des lectures divergentes de la consommation en avril. D’un côté, l’indice Stone fait état d’une hausse de 5,4 % des ventes sur un an, portée par les carburants et lubrifiants (+14,4 %), le matériel de construction (+7,4 %) et les produits pharmaceutiques (+6,4 %). De l’autre, l’indice Cielo enregistre une baisse de 3 % sur la même période – la plus forte depuis mars 2025 –, attribuée à une inflation plus marquée, à un endettement accru des familles et à un effet de calendrier défavorable lié à Pâques. Ce paradoxe traduit une réalité fragmentée : certains secteurs tirent leur épingle du jeu, tandis que la consommation de masse ralentit, compromettant les espoirs de reprise durable.
Ces signaux contradictoires reflètent des dynamiques structurelles distinctes au sein du cône Sud. En Argentine, la politique de choc budgétaire de Milei n’a pas encore relancé la demande, et la hausse des défaillances suggère une précarisation croissante des classes moyennes. Au Brésil, la résilience de certains segments contraste avec un ralentissement général déjà perceptible depuis plusieurs mois, dans un contexte où la Banque centrale maintient des taux d’intérêt élevés pour juguler l’inflation. Pour les analystes, l’hétérogénéité des indicateurs brésiliens complique toute lecture univoque : la prudence des ménages et le poids des dettes pèsent sur la consommation, tandis que les dépenses contraintes et les biens essentiels résistent.
À terme, l’évolution des deux économies dépendra de leur capacité à restaurer le pouvoir d’achat et à maîtriser l’inflation sans étouffer la demande. En Argentine, la sortie de crise passe par une stabilisation monétaire qui tarde à convaincre. Au Brésil, l’équilibre est plus subtil : la vigueur sectorielle pourrait masquer un essoufflement général, et les prochains mois diront si le pays suit une trajectoire de ralentissement maîtrisé ou de récession rampante. Dans les deux cas, la consommation reste le thermomètre fragile d’une reprise encore incertaine.
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