
Croissance inattendue en Espagne et en Allemagne : l’économie européenne résiste aux chocs géopolitiques
L’économie européenne a surpris par sa vigueur au premier trimestre 2026, malgré le déclenchement du conflit iranien et ses répercussions sur les prix et les chaînes d’approvisionnement. En Espagne, le produit intérieur brut a progressé de 0,6 % par rapport au trimestre précédent, un ralentissement de seulement deux dixièmes par rapport à la fin 2025, mais nettement supérieur aux prévisions de l’Autorité indépendante de responsabilité fiscale, qui tablait sur 0,3 %. En Allemagne, la croissance a atteint 0,3 %, là encore au‑delà du consensus des économistes qui attendaient 0,2 %. Ces chiffres, publiés respectivement par l’Institut national de la statistique espagnol et l’Office fédéral de la statistique allemand, constituent une bouffée d’oxygène pour une zone euro confrontée à une incertitude géopolitique inédite depuis l’invasion de l’Ukraine.
La résilience ibérique s’explique en partie par la solidité de la demande intérieure, qui a compensé les mauvaises conditions météorologiques du début d’année et le coup de frein subi par le tourisme, traditionnel moteur de l’économie espagnole. Les prévisions de BBVA Research, qui avait anticipé ce chiffre, témoignent d’un tissu productif capable d’absorber les chocs extérieurs. Outre-Rhin, la croissance est portée par la consommation des ménages et les dépenses publiques, ainsi que par une légère progression des exportations. La lecture régionale, de Francfort à Bruxelles, souligne toutefois la fragilité de ce redressement : l’essentiel du trimestre s’est déroulé avant que les frappes en Iran ne fassent pleinement sentir leurs effets sur les prix de l’énergie et la logistique.
Du côté francophone, les analystes belges et français observent ce rebond avec une prudente satisfaction. La Belgique, dont l’économie est étroitement liée à celle de l’Allemagne, pourrait bénéficier de cette dynamique à court terme, tandis que la France suit de près l’évolution des tensions commerciales et des coûts d’approvisionnement. Pour les économies africaines exportatrices de matières premières, la flambée des prix pétroliers consécutive au conflit iranien risque en revanche de creuser les déséquilibres. La Banque centrale européenne, tout en saluant les chiffres, rappelle que l’inflation importée pourrait contraindre une politique monétaire encore hésitante.
Mais l’heure n’est pas à l’euphorie. En Allemagne, la fédération industrielle Confindustria a déjà qualifié de « médiocre » le bilan du premier mandat du chancelier Friedrich Merz, pointant un manque de réformes structurelles. Les indicateurs avancés, notamment la hausse du chômage au‑delà du seuil des trois millions d’inscrits en avril, suggèrent un essoufflement proche. En Espagne, la décélération du tourisme et l’incertitude sur les approvisionnements énergétiques pourraient peser sur le deuxième trimestre. La croissance inattendue du premier trimestre, si elle démontre une capacité d’adaptation remarquable, n’offre qu’un répit avant que l’onde de choc iranienne ne se propage pleinement dans les comptes nationaux. Le pari des gouvernements européens est désormais de transformer cette résistance conjoncturelle en une trajectoire de résilience durable.
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