
Tension dans le Golfe : Washington et les monarchies arabes durcissent leur ton à l’ONU contre Téhéran
Un projet de résolution au Conseil de sécurité exige que l’Iran cesse ses entraves à la navigation dans le détroit d’Ormuz, mais la mention du chapitre VII a été retirée.
La diplomatie onusienne s’anime autour du détroit d’Ormuz. Les États-Unis, appuyés par Bahreïn, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, ont soumis au Conseil de sécurité un projet de résolution visant à garantir la liberté de navigation dans cette voie d’eau stratégique. Le texte initial, qui invoquait le chapitre VII de la charte des Nations unies – permettant le recours à la force – a toutefois été révisé pour en supprimer toute référence, signe d’une volonté d’éviter une escalade immédiate. La version amendée exige de Téhéran qu’il cesse « toutes attaques et menaces » contre les navires marchands, qu’il renonce au minage naval et qu’il autorise la création d’un corridor humanitaire sous l’égide de l’ONU, notamment pour le transit d’engrais destinés à l’Afrique et à l’Asie.
Du côté des monarchies du Golfe, l’unité affichée masque des inquiétudes profondes. Le représentant saoudien a qualifié le détroit d’« artère vitale du commerce mondial », tandis que son homologue émirati a insisté sur deux points clés : l’interdiction des « péages illégaux » imposés par Téhéran et l’obligation pour l’Iran de divulguer l’emplacement exact de ses mines. Le Koweït et le Qatar, tout en se ralliant au projet, ont rappelé l’importance d’une solution négociée. Bahreïn, fer de lance de l’initiative, a souligné que le texte s’appuie sur la convention des Nations unies sur le droit de la mer.
La réaction iranienne ne s’est pas fait attendre. L’ambassadeur Amir Saeid Iravani a dénoncé un projet « profondément vicié, unilatéral et politiquement motivé », arguant que la seule issue durable passe par la levée du blocus naval et le retour à une navigation normale. Téhéran, qui considère toujours le détroit comme sa zone d’influence, a rejeté les accusations de harcèlement maritime, tout en rappelant sa maîtrise totale de l’axe. Des experts régionaux estiment que l’Iran pourrait utiliser sa capacité à perturber le trafic comme levier de négociation, une carte déjà éprouvée lors des précédentes crises.
Au-delà du Conseil de sécurité, ce bras de fer reflète les fragilités d’un ordre régional en recomposition. Le retrait de la référence au chapitre VII a certes apaisé les craintes d’une intervention militaire, mais la pression diplomatique reste forte. Pour les pays africains et asiatiques dépendants du passage d’engrais et de biens, toute entrave à la navigation aurait des conséquences humanitaires directes. Dans ce contexte, l’initiative américano-golfe ouvre une fenêtre de dialogue, mais son issue dépendra de la capacité des parties à dépasser une logique de confrontation qui, depuis des années, empoisonne les relations dans le Golfe.
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