
L'UE se prépare à des négociations avec Poutine sur l'Ukraine, Moscou ouvre la porte
Bruxelles organise ses positions en vue d'un dialogue avec le Kremlin, tandis que la Russie se dit prête à discuter. Zelensky encourage l'Europe à peser.
La perspective d'une négociation directe entre l'Union européenne et la Russie sur le conflit ukrainien prend forme. Le président du Conseil européen, António Costa, a révélé que les Vingt-Sept s'organisent pour aborder « au moment venu » les discussions avec Moscou, tout en admettant que le Kremlin n'a encore donné aucun signe concret d'ouverture. Cette déclaration, faite à l'Institut universitaire européen de Florence, marque une inflexion notable dans la position bruxelloise, jusqu'ici réticente à toute discussion bilatérale avec Vladimir Poutine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a immédiatement réagi en affirmant que Vladimir Poutine est « prêt à négocier avec les Européens », ajoutant que la Russie n'a jamais initié la rupture des relations avec Bruxelles. Ce signal, bien que prudent, suggère que Moscou voit dans ce mouvement une opportunité de briser l'isolement diplomatique imposé depuis février 2022.
Du côté ukrainien, la position est plus nuancée. Volodymyr Zelensky, lors du sommet des dirigeants européens à Chypre le mois dernier, a appelé l'UE à « être prête à apporter une contribution positive aux négociations ». Ce soutien, rare, témoigne d'une prise de conscience à Kiev que le conflit pourrait entrer dans une phase diplomatique, et que l'Europe ne doit pas être marginalisée par les discussions parallèles menées par les États-Unis. Car c'est là le véritable enjeu : Bruxelles craint d'être exclue d'un éventuel accord négocié entre Washington, Moscou et Kiev, comme le relèvent plusieurs chancelleries européennes. La crainte est d'autant plus vive que Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, pourrait imposer ses propres conditions sans consulter les Européens, comme il l'a déjà fait sur d'autres dossiers.
Cette préparation européenne intervient dans un contexte humanitaire toujours dramatique. L'Organisation mondiale de la santé a recensé plus de 3 000 attaques contre des établissements de santé en Ukraine depuis 2022, tandis que les trêves se brisent dès leur annonce, chaque camp accusant l'autre de violations. Pour l'Union, le pari est risqué : négocier avec un Kremlin qui n'a pas renoncé à ses ambitions territoriales tout en maintenant une fermeté suffisante pour ne pas brader les intérêts ukrainiens. La position officielle reste que tout dialogue devra être coordonné avec Kiev. Alors que les opinions publiques européennes s'épuisent face à un conflit qui s'enlise, la fenêtre diplomatique se dessine en pointillé. Reste à savoir si Bruxelles saura se doter d'une voix unifiée face à un Poutine qui excelle à exploiter les divisions européennes.
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