
Double offensive antitrust en Russie : le régulateur s'attaque au pharmaceutique et à l'e-commerce
Les autorités antitrust russes intensifient leur pression sur deux piliers de l'économie nationale, ciblant simultanément un producteur pharmaceutique stratégique et les géants du commerce en ligne. La Federalnaïa Antimonopolnaïa Sloujba (FAS) a formellement suspecté la société « Ozon Farmatsevtica », filiale du géant de la vente en ligne Ozon, de ne pas avoir baissé le prix de l'Azathioprine, un médicament immunosuppresseur vital, après son inclusion sur la liste des médicaments essentiels en février 2026. Cette affaire dépasse le simple différend commercial, touchant à la souveraineté sanitaire et au contrôle étatique sur les prix des biens de première nécessité dans un contexte économique tendu.
Le cœur du litige réside dans le statut de monopole détenu par Ozon Farmatsevtica, seul fabricant russe de cette molécule. Les analystes à Moscou soulignent que cette situation place le régulateur dans une position délicate, entre la nécessité de garantir l'accès à un traitement critique et le risque de décourager la production locale, objectif clé de la politique d'« importozamechtchenié » (substitution aux importations). La FAS exige une baisse de prix alignée sur sa méthodologie de calcul depuis fin mars, mais l'entreprise, engagée dans des négociations, n'a pas encore soumis de nouvelle proposition, illustrant les tensions persistantes entre les ambitions industrielles et les impératifs sociaux.
Parallèlement, dans un secteur totalement différent mais sous le même parapluie corporatif, la FAS a adressé des avertissements à Ozon et à son principal rival, Wildberries, pour des pratiques anticoncurrentielles nuisant aux vendeurs. Les plateformes sont accusées d'allonger unilatéralement les délais de paiement, de modifier rétroactivement les tarifs logistiques et d'instaurer une labellisation payante et trompeuse sur l'authenticité des produits. Cette offensive biface contre des entités majeures du numérique russe révèle une volonté du Kremlin d'affirmer un contrôle renforcé sur les modèles économiques dominants, au nom de la protection des petits acteurs et des consommateurs.
Cette double manœuvre régulatoire s'inscrit dans une trajectoire plus large de dirigisme économique, observée avec attention depuis Bruxelles et Ottawa. Les capitales européennes y voient un signe de la maturation – et de la complexification – du cadre antitrust russe, qui, tout en restant un instrument de politique industrielle, adopte des rhétoriques de protection concurrentielle similaires à celles de l'Union européenne. Pour les partenaires francophones d'Afrique, où les géants russes du numérique tentent de s'implanter, ces développements servent d'avertissement sur les modalités de régulation qui pourraient accompagner leurs investissements. L'échéance du 15 mai donnée aux plateformes pour se mettre en conformité sera un test décisif de la détermination de la FAS et de la capacité du pouvoir à imposer ses vues aux champions nationaux qu'il a pourtant contribué à édifier.
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