
Du défilé Victoria's Secret à Saint-Barth : la géopolitique des corps célèbres
C’est à New York, sur le tapis rouge de la première du film «Hauteur», que l’actrice sud-africaine Charlize Theron a choisi de faire sensation en ouvrant son veston Dior sur une poitrine nue, à 50 ans passés. Ce geste, aussitôt relayé sur Instagram, illustre la persistance d’une iconographie de la transgression dans le monde occidental du divertissement, où la nudité féminine continue de choquer autant qu’elle fascine. Mais l’image, captée par les objectifs des paparazzis, traverse les fuseaux horaires et les régimes juridiques : en Russie, où Meta est classée organisation extrémiste, la plateforme reste pourtant le vecteur privilégié des célébrités locales, comme en témoigne la mise en scène intimiste du couple formé par l’acteur Ioura Borissov et sa femme Anna Chevtchouk, immortalisé pour le magazine-livre Prababoushka.
Entre le baiser furtif sur le front et la complicité affichée, ces images participent d’une même économie du regard, mais sous des codes esthétiques distincts : là où Theron joue la provocation délibérée, Borissov et Chevtchouk évoquent une renaissance romantique, saluée par des commentaires lyriques en russe. À quelques milliers de kilomètres de là, dans les eaux françaises de Saint-Barthélémy, la pilote américaine Lindsay Brewer – surnommée «la pilote de course la plus sexy du monde» – poste des clichés de son enterrement de vie de jeune fille en maillot blanc à volants, tandis que sur les comptes de la marque Victoria’s Secret, la top-modèle sud-africaine Candice Swanepoel, 37 ans, décline les imprimés serpent et les anneaux métalliques. Ces quatre séquences, toutes publiées sur le même réseau social interdit à Moscou, dessinent une cartographie paradoxale de la célébrité contemporaine.
La Russie, tout en criminalisant l’entreprise, contemple ces corps occidentaux et les imite par l’intermédiaire de ses propres vedettes. L’Afrique du Sud, elle, s’invite dans les deux camps : Charlize Theron et Candice Swanepoel y ont leurs racines, mais leurs carrières se déploient dans l’orbite américaine. Le territoire ultramarin français de Saint-Barth, quant à lui, devient le décor d’un rêve hédoniste globalisé.
Au-delà des apparences, ce kaléidoscope révèle une uniformisation des désirs et des normes esthétiques, portée par des algorithmes qui ignorent les frontières : la femme-objet, la femme-muse, la femme-sportive – toutes sont sommées de s’exposer pour exister médiatiquement. Demain, ce sont les législations nationales, de Paris à Pretoria, qui tenteront de réguler ces circulations d’images, sans jamais pouvoir les arrêter.
Élargis ton regard
La victoire étriquée d’Abdul El-Sayed dans le Michigan bouscule l’establishment démocrate
5 langues · 55 sources
Depuis Economy & MarketsLa guerre au Proche-Orient propulse les bénéfices des majors pétrolières à des sommets
2 langues · 21 sources
Depuis TechnologyWashington exclut les modèles d’IA ouverts, y compris chinois, de son nouveau cadre de sécurité
3 langues · 11 sources