
En Australie, la commission royale sur l’antisémitisme s’ouvre sous le signe des blessures de Bondi
Les audiences publiques de la commission royale australienne sur l’antisémitisme et la cohésion sociale se sont ouvertes lundi à Sydney, un mois après la tuerie de Bondi Beach qui a coûté la vie à quinze personnes lors d’une célébration juive de Hanouka. L’ancienne juge de la Haute Cour Virginia Bell, chargée de présider cette instance, a d’emblée souligné le lien entre la flambée de haine anti-juive en Australie et les événements au Proche-Orient, rappelant que des « signes d’hostilité venus du Moyen Âge » resurgissent dans l’espace public. Cette enquête, la plus élevée dans la hiérarchie gouvernementale, entend explorer les racines d’un mal qui, de Sydney à Melbourne, gangrène le tissu social.
Le drame de Bondi a révélé une réalité que la société australienne peinait à admettre. Sheina Gutnick, fille de l’une des victimes, Reuven Morrison – tué après avoir lancé des briques sur les assaillants – a témoigné avec émotion de la façon dont ce lieu de souvenirs heureux est devenu le symbole d’une « haine sortie de l’ombre ». Son récit rejoint celui de Stefanie Schwartz, présidente d’une école juive de Sydney, qui a décrit l’effroi de voir des enfants juifs victimes de graffitis antisémites et d’insultes héritées des pires heures de l’histoire. « Un petit élève a dit à un camarade juif qu’Hitler aurait dû les gazer tous », a rapporté l’avocate principale de la commission. L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 marque, selon les témoignages, un tournant décisif, faisant basculer un antisémitisme latent en violence ouverte.
Cette déflagration ne concerne pas seulement l’Australie. Comme l’a noté la commissaire Bell, la poussée de haine anti-juive observée dans le pays fait écho à celle d’autres nations occidentales, des États-Unis à l’Europe. En France, où les actes antisémites ont également connu une recrudescence après le 7-Octobre, le débat sur la définition de l’antisémitisme et ses manifestations contemporaines reste vif. Au Canada comme en Belgique, les communautés juives s’inquiètent d’une banalisation du discours haineux, souvent importé des conflits moyen-orientaux. La commission australienne, en se penchant sur l’éducation et la prévention, cherche à endiguer cette contagion.
Au-delà des témoignages accablants, l’enjeu est de reconstruire une cohésion sociale ébranlée. Les audiences, qui dureront deux semaines, entendent définir l’antisémitisme dans sa complexité historique et actuelle. Mais le chemin est long : alors que la guerre à Gaza alimente les passions, les experts redoutent une polarisation accrue. La commission devra proposer des remèdes concrets – éducation renforcée, législation plus stricte – pour que Bondi ne devienne pas le sinistre prélude à d’autres tragédies. L’Australie, miroir d’un Occident en crise identitaire, cherche une voie étroite entre mémoire et réconciliation.
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