
Éthiopie : du prix Nobel à la répression, l’autoritarisme d’Abiy Ahmed à l’épreuve des urnes
Les élections législatives confirment la dérive autoritaire du premier ministre, dont les promesses de 2018 se sont fracassées sur la guerre du Tigré et le musellement de l’opposition.
À Addis-Abeba, une jeune femme de vingt-trois ans se terre dans un recoin d’hôtel chic, redoutant d’être arrêtée à tout instant. Mistresilasie Tamerat, figure montante de l’opposition, incarne le climat de peur qui étouffe l’Éthiopie à l’orée des élections législatives de ce lundi. Son témoignage, recueilli furtivement par la presse germanophone, révèle un régime où « quiconque critique le gouvernement finit en prison ou vit dans l’angoisse ». Dans un pays qui fut le symbole d’un renouveau démocratique en 2018, le scrutin ne suscite guère d’illusions : la victoire du parti au pouvoir semble verrouillée, et des millions d’électeurs, notamment au Tigré ravagé par la guerre, ne pourront pas voter.
Le retournement est saisissant. Il y a trois ans, Abiy Ahmed éblouissait la communauté internationale en signant la paix avec l’Érythrée en à peine quatre-vingt-dix jours, lui valant un prix Nobel précoce. Son accession au pouvoir avait mis fin à des décennies de répression, incarnées par son prédécesseur Hailemariam Desalegn, dont le bilan économique flatteur n’effaçait pas la brutalité contre les voix dissidentes. La libération de prisonniers politiques, l’ouverture médiatique et la promesse d’une société plus juste avaient fait naître un immense espoir, salué de Nairobi à Bruxelles. Mais ce rêve s’est brisé sur l’autel des tensions ethniques et de la guerre civile qui a éclaté au Tigré en 2020, plongeant la Corne de l’Afrique dans une crise humanitaire effroyable.
Les observateurs européens, notamment ceux de la zone germanophone, dénoncent des « Scheinwahlen », des élections de façade. Le harcèlement des opposants, l’emprisonnement des journalistes critiques et la marginalisation des partis dissidents sont monnaie courante. La Süddeutsche Zeitung et le Tages-Anzeiger relatent le parcours de Mistresilasie Tamerat, contrainte d’abandonner le journalisme pour entrer en politique et de se cacher pour s’exprimer. Dans le monde arabe, CNN Arabic souligne l’érosion de la popularité de l’ancien enfant prodige, dont l’étau se resserre à mesure que la contestation gronde, même au sein de sa majorité oromo. Les espoirs d’une transition démocratique pacifique semblent s’être évaporés.
Pour les capitales francophones, de Paris à Dakar, cette régression autoritaire doit résonner comme un avertissement. L’Éthiopie, seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé, fut longtemps perçue comme un îlot de stabilité relative dans une région tumultueuse. Aujourd’hui, la dérive d’Abiy Ahmed illustre la fragilité des processus de libéralisation sur le continent, souvent rattrapés par les logiques ethniques et les ambitions personnelles. Si le premier ministre sortant se succède à lui-même, le vide démocratique et les fractures communautaires risquent de précipiter le pays dans un cycle de violence inédit, aux répercussions bien au-delà de ses frontières.
| Presse européenne continentale | −0.90 | critical |
|---|---|---|
| Presse indienne et sud-asiatique | −0.60 | critical |
| Presse chinoise | +0.40 | aligned |
À quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote, l'Éthiopie se dirige vers un résultat joué d'avance : la répression systématique de l'opposition, l'emprisonnement de journalistes et de militants, et un conflit armé qui touche la majeure partie du territoire font de ces élections une mascarade. Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix, gouverne d'une main de fer, et quiconque ose critiquer finit en prison ou vit dans la peur.
L'homme qui a reçu le prix Nobel de la paix et déclenché une guerre civile se soumet à nouveau au vote : Abiy Ahmed incarnait l'espoir d'une ouverture après des décennies de contrôle étatique, mais son gouvernement a déçu, reproduisant la répression et poussant le pays vers l'instabilité. Les élections se tiennent dans un climat de scepticisme, entre le souvenir des promesses de réforme et la réalité d'un conflit qui s'étend.
L'Éthiopie se rend aux élections sur fond de développement économique soutenu par des partenariats internationaux et des projets d'infrastructure. Malgré quelques défis régionaux, le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed a préservé la stabilité et poursuit ses réformes ; ce scrutin constitue une étape procédurale vers la normalisation et le progrès.
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