
Trois féminicides en vingt-quatre heures : l'effroi d'une violence sans frontières
Un homme confesse le meurtre de son épouse à Piacenza avant de tenter de se suicider sur la tombe de leur fils. Deux autres crimes conjugaux sont signalés à Hyderabad et Madrid.
L’onde de choc est mondiale. En l’espace d’une trentaine d’heures, trois femmes ont trouvé la mort sous les coups de leur conjoint ou d’un proche, sur trois continents différents. Le premier acte s’est déroulé à Piacenza, dans le nord de l’Italie, où Milena Vitanov, cinquante-six ans, a été poignardée dans son appartement de la banlieue populaire.
Son mari, Hako Vitanov, citoyen macédonien, a lui-même alerté les carabiniers en déclarant : « Venez, j’ai tué ma femme », avant de prendre la fuite. Retrouvé quelques heures plus tard au cimetière, prostré sur la tombe de leur fils décédé quelques années plus tôt, il a tenté de mettre fin à ses jours. Les enquêteurs privilégient la piste de dissensions familiales profondes, sans exclure un drame prémédité.
À quelques milliers de kilomètres de là, dans le quartier huppé de Jubilee Hills à Hyderabad, Tanuja Ranjan, épouse d’un ancien haut gradé de la police indienne, a été retrouvée morte chez elle, un tissu ensanglanté enfoncé dans la bouche. Les autorités locales soupçonnent une employée de maison népalaise, employée depuis plus d’un an, d’avoir orchestré le meurtre avant de disparaître avec des objets de valeur. Le mari, en déplacement professionnel à Bangalore, n’a pu que constater le drame à son retour.
La piste d’un cambriolage qui aurait mal tourné est évoquée, mais l’enquête n’écarte aucune hypothèse. Enfin, dans le district madrilène de Carabanchel, une jeune femme de vingt-deux ans a été découverte inconsciente sur la voie publique, le crâne fracturé. Son compagnon, rapidement interpellé, est soupçonné de l’avoir frappée à mort au terme d’une dispute.
La police madrilène traite l’affaire comme un cas de violence machiste. Ces trois drames, bien que distincts dans leurs circonstances, dessinent un même horizon d’impuissance. Ils rappellent que le féminicide n’épargne ni les quartiers aisés ni les zones populaires, ni les sociétés occidentales ni celles du Sud global.
En Europe, l’Italie comme l’Espagne ont renforcé leurs dispositifs d’alerte et de protection, mais les failles persistent : à Piacenza, la famille était connue des services sociaux ; à Madrid, aucun signalement n’avait été enregistré. En Inde, le meurtre d’une femme de cadre supérieur soulève la question de la vulnérabilité des travailleuses domestiques migrantes, souvent isolées et sans droits. Le Canada francophone, qui a connu récemment des vagues de féminicides en milieu rural, pourrait trouver dans ces récits un écho tragique.
L’Afrique subsaharienne, où les violences conjugales restent largement sous-déclarées, observe depuis longtemps ce cycle infernal. Alors que les enquêtes se poursuivent, la communauté internationale est sommée de repenser la prévention en amont : dépister les signes avant-coureurs, former les forces de l’ordre, et briser le silence des proches. Car derrière chaque corps retrouvé gît une chaîne de défaillances que seul un sursaut collectif pourrait briser.
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