
Blocus d’Ormuz : l’onde de choc alimentaire gagne les campagnes américaines
Les prix alimentaires mondiaux grimpent pour le troisième mois consécutif, l’engrais et les céréales subissant de plein fouet la fermeture du détroit d’Ormuz.
L’indice des prix alimentaires de la FAO a atteint en avril son plus haut niveau depuis plus de trois ans, prolongeant une hausse entamée dès février. Ce nouveau record – 130,7 points, soit 1,6 % de plus qu’en mars – est avant tout le fruit de la flambée des huiles végétales, des céréales et de la viande, tandis que les produits laitiers et le sucre reculaient légèrement. Si l’organisation onusienne souligne la résilience des systèmes agroalimentaires grâce aux stocks des récoltes précédentes, l’effet de la guerre imposée à l’Iran – qui a virtuellement paralysé le détroit d’Ormuz – commence à se faire sentir sur les intrants essentiels, en particulier les engrais et le gazole agricole.
Ce constat, partagé par les observateurs de la région du Golfe, prend une résonance particulière dans le Midwest américain, où des exploitants comme John Bartman, en Illinois, voient leurs marges s’effondrer. Selon la Fédération américaine des fermiers, près de 70 % des agriculteurs des États-Unis pourraient ne plus être en mesure d’acheter la totalité des engrais nécessaires à leurs champs. L’Amérique rurale, qui avait déjà subi guerres commerciales et catastrophes climatiques, se heurte à un étranglement logistique qui, cette fois, remonte jusqu’aux champs de maïs et de soja.
En Europe et en Afrique francophone, la transmission de ce choc est encore partielle, mais les inquiétudes grandissent. Les pays du Sahel, fortement dépendants des importations de blé et d’engrais, voient leurs factures alimentaires s’alourdir. La Belgique et le Canada, grands exportateurs de produits agricoles transformés, scrutent l’évolution des coûts du fret maritime et des matières premières. L’économiste en chef de la FAO, Maximo Torero, prévient que « si les prix des céréales n’ont augmenté que modérément grâce aux stocks, la transmission des coûts de l’énergie et des engrais va s’accélérer ».
L’horizon n’est guère rassurant. Alors que les tensions autour d’Ormuz ne montrent aucun signe d’apaisement et que la saison des semis s’ouvre dans l’hémisphère Nord, la menace d’une contraction de l’offre agricole mondiale se précise. Les analystes de la région Asie-Pacifique soulignent que la volatilité des prix des hydrocarbures accentue déjà la spéculation sur les marchés à terme des denrées. Dans ce contexte, la capacité des systèmes alimentaires à absorber un nouveau choc dépendra autant des décisions politiques que des aléas du conflit iranien.
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