
Fragilité caquiste : la nouvelle première ministre Fréchette entre révoltes internes et colère sociale
La démission du député Gilles Bélanger, ex-ministre de la Cybersécurité et du Numérique, a jeté une lumière crue sur les fractures qui traversent la Coalition avenir Québec (CAQ) à peine installée dans l’ère Fréchette. En quittant le caucus pour siéger comme indépendant, Bélanger a invoqué la primauté de ses principes, mais l’amertume d’avoir été écarté du Conseil des ministres après avoir été le premier à soutenir la cheffe est difficile à dissimuler. Son geste isole un peu plus une première ministre qui doit composer avec une demi-douzaine de députés caquistes ouvertement en questionnement sur leur avenir, selon des confidences recueillies dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Le précédent chef, François Legault, redoutait les remaniements précisément pour ces raisons – Fréchette en découvre aujourd’hui les conséquences collatérales.
Cette fragilité interne n’a pas échappé au milieu communautaire québécois, qui a accueilli le maintien de Chantal Rouleau à la Solidarité sociale comme une provocation. Après des semaines de grève sociale historique et une grande manifestation devant le Parlement, les organismes réunis derrière le mouvement « Le communautaire à boutte » expriment une « profonde consternation ». Leur colère repose sur le sentiment que la nouvelle première ministre fait le pari du statu quo alors que les conditions de travail dans le secteur sont jugées intenables. Ce choix de continuité, destiné à ménager les équilibres internes de la CAQ, envoie un signal désastreux à un électorat qui aspire à un « nouveau souffle ».
Sur le dossier migratoire, le gouvernement tente pourtant une inflexion notable. François Bonnardel, nouveau ministre de l’Immigration, promet une réouverture rapide du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), fermé sous Legault. Cette promesse de campagne de Christine Fréchette vise à apaiser les « oubliés », ces immigrants dont les règles ont changé en cours de route. Dans le contexte nord-américain, où le Québec doit affirmer sa capacité à attirer et retenir les francophones, ce geste pourrait redorer le blason de la CAQ. Mais l’ombre de Bernard Drainville, battu de justesse dans la course à la chefferie, plane sur chaque décision. Nommé superministre de l’Économie et de l’Énergie, il n’a jamais caché son ambition d’être premier ministre, et son camp demeure un pôle d’attraction pour les déçus du nouveau cabinet.
À l’échelle de la francophonie, cette séquence rappelle la difficulté des partis centristes à conjuguer renouvellement et stabilité. Alors que des gouvernements en Europe francophone – en Belgique ou en France – peinent eux aussi à préserver l’unité tout en répondant aux attentes sociales, le Québec offre un cas d’école. Fréchette doit naviguer entre les mécontentements internes, la grogne du milieu communautaire et la nécessité de prouver que son « nouveau » gouvernement ne se contente pas d’un simple exercice de relations publiques. Les prochains mois diront si elle parvient à transformer ce fragile équilibre en une véritable ligne de crête, ou si les colocs de la CAQ finiront par faire éclater le colistage.
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