
Hantavirus aux Canaries : l’évacuation du MV Hondius sous haute tension sanitaire et politique
Le MV Hondius, frappé par une épidémie d’hantavirus, a accosté à Tenerife pour une évacuation internationale sous haute surveillance sanitaire, tandis que les tensions locales persistent.
Le navire de croisière MV Hondius, théâtre d’une épidémie d’hantavirus qui a déjà coûté la vie à trois passagers, a jeté l’ancre dimanche 10 mai au large du port industriel de Granadilla, sur l’île de Tenerife. L’opération d’évacuation, la plus complexe du genre depuis la pandémie de Covid-19, a débuté à l’aube sous l’œil du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dépêché sur place pour coordonner les secours. Les autorités espagnoles, après avoir imposé leur autorité face à la résistance du gouvernement régional des Canaries, ont mis en place un dispositif militarisé : les passagers, vêtus de combinaisons de protection, sont transportés par petites embarcations vers la terre ferme, puis acheminés en bus sanitaires scellés jusqu’à l’aéroport, d’où des vols spécialement affrétés les rapatrient vers leurs pays respectifs.
Le précédent de la crise sanitaire de 2020 hante les mémoires. Dès l’annonce de l’arrivée du navire, des habitants de Tenerife, soutenus par certains élus locaux, sont descendus dans la rue pour protester contre ce qu’ils percevaient comme un risque sanitaire inacceptable pour une île économiquement dépendante du tourisme. « Pas à n’importe quel prix », avait lancé le président des Canaries, Fernando Clavijo, avant que Madrid n’ordonne l’accostage pour « raisons humanitaires et sanitaires ». Ce bras de fer entre le gouvernement central et l’archipel illustre les fractures persistantes dans la gestion des crises sanitaires au sein des États membres de l’Union européenne, où les prérogatives locales et nationales s’entrechoquent face à un péril commun.
Sur le plan international, l’évacuation s’organise par nationalités. Les premiers à avoir quitté le navire, quatorze citoyens espagnols, ont été conduits à l’hôpital militaire Gómez Ulla de Madrid pour une quarantaine sous surveillance. Un vol français a ensuite transporté cinq ressortissants vers l’aéroport du Bourget ; l’un d’eux a présenté des symptômes pendant le voyage, déclenchant un isolement immédiat à l’hôpital. Les ressortissants britanniques, vingt-deux au total, ont été dirigés vers l’ancien site de quarantaine d’Arrowe Park, près de Manchester, pour une période de 45 jours. Du côté canadien, les quatre passagers, asymptomatiques, rentrent en Colombie-Britannique où ils seront placés en isolement avec suivi médical quotidien. Les autorités néerlandaises ont affrété un avion pour leurs ressortissants, ainsi que pour des Allemands, des Belges et des Grecs. Les citoyens américains, qui faisaient l’objet d’un suivi sanitaire allégé à leur retour, illustrent les divergences de protocoles entre pays. L’Australie, dont les ressortissants embarqueront en dernier, en raison de la distance, a dépêché un vol spécial.
Au-delà de la gestion immédiate, cet épisode ravive des questions structurelles. L’hantavirus, maladie endémique en Argentine d’où le navire était parti début avril, se transmet par les rongeurs ; la souche andine peut toutefois se propager entre humains, ce qui justifie la vigilance. L’absence de vaccin ou de traitement spécifique, couplée à la durée d’incubation pouvant atteindre six semaines, impose des quarantaines longues, comme le recommande l’OMS avec une période de 42 jours. Les observateurs soulignent que ce cas met en lumière les lacunes des protocoles internationaux pour les navires de croisière, où la promiscuité et la mobilité transfrontalière compliquent toute réponse sanitaire. Alors que le MV Hondius reprendra la mer vers les Pays-Bas pour une décontamination complète, les autorités sanitaires mondiales appellent à repenser la certification des navires face aux risques émergents, dans un secteur qui peine à se relever des stigmates du Covid-19. Le spectre d’une nouvelle pandémie, bien que jugé faible par l’OMS, plane toujours sur les eaux internationales.
Élargis ton regard
Washington révoque le visa de l’ambassadrice du Brésil, Brasilia dénonce une ingérence électorale
3 langues · 43 sources
Depuis Economy & MarketsSpaceX double son chiffre d’affaires mais la Bourse sanctionne l’envolée des dépenses en IA
1 langue · 31 sources
Depuis TechnologyUn étage de fusée SpaceX s’écrase sur la Lune, confirmé par des observations spectrales
8 langues · 29 sources