
Hegseth face au Congrès : l’enlisement iranien divise la garde rapprochée de Trump
C’est dans un climat de sourde défiance que le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, s’apprête à affronter mercredi la commission des forces armées de la Chambre des représentants. Pour la première fois depuis le déclenchement, le 28 février dernier, d’une guerre contre l’Iran que l’opposition démocrate qualifie d’« indéfinie » et de livrée sans autorisation parlementaire, le chef du Pentagone devra rendre des comptes publiquement. Accompagné du général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, il devait théoriquement défendre un projet de budget militaire 2027 porté à un niveau historique de 1 500 milliards de dollars. Dans les faits, les élus comptaient concentrer leurs questions sur la conduite d’un conflit qui s’enlise, malgré la prolongation d’un cessez-le-feu décidée par Donald Trump.
Ce face-à-face législatif survient alors que les fissures au sein de l’exécutif américain deviennent visibles. La presse italienne, de La Stampa à Domani, met en lumière l’affrontement feutré entre Pete Hegseth et le vice-président JD Vance. Tous deux anciens combattants en Irak au milieu des années 2000, ils incarnent aujourd’hui deux sensibilités antagonistes : Hegseth, le faucon convaincu de la nécessité des frappes, et Vance, le sceptique des aventures outre-mer, qui aurait, selon The Atlantic, exprimé à plusieurs reprises ses doutes sur la fiabilité des informations remontant du Pentagone. Le vice-président s’inquiète notamment de l’épuisement accéléré des stocks de missiles américains, une vulnérabilité qui réduirait la capacité de Washington à répondre à d’autres crises, de Taïwan à la péninsule coréenne. À la Maison-Blanche, on redoute désormais un « conflit gelé », perspective électoralement dévastatrice à l’approche des élections de mi-mandat.
Les regards portés depuis les capitales francophones reflètent des préoccupations croisées. Du côté canadien, traditionnel allié au sein de l’OTAN, l’enlisement américain relance le débat sur un possible sur-engagement en Asie occidentale au détriment d’autres théâtres, y compris le soutien logistique que pourrait solliciter un jour l’Alliance atlantique. En Europe, les analystes soulignent que cette guerre pèse sur la sécurité énergétique d’un continent déjà éprouvé par la guerre en Ukraine, tandis que le tarissement des stocks de munitions américains fait craindre un moindre parapluie stratégique. Dans les chancelleries du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest francophone, on s’inquiète d’un possible redéploiement des ressources américaines, délaissant la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel au profit d’un conflit iranien qui absorbe drones, renseignements et forces spéciales.
Le jeu reste ouvert quant à l’issue de cette audition. Pour les démocrates, c’est l’occasion inespérée de soumettre l’administration Trump à un contre-interrogatoire public, en rappelant le bombardement d’une école ayant coûté la vie à des enfants, ou l’explosion des coûts de cette guerre de choix. Mais au-delà de la joute partisane, c’est la crédibilité même de la chaîne de commandement qui est en cause. Si le vice-président Vance, renforcé par un courant réaliste grandissant au sein du camp républicain, obtient gain de cause, la Maison-Blanche pourrait être poussée à infléchir sa stratégie. La longue marche de Pete Hegseth vers la commission des forces armées aura valeur de test non seulement pour la guerre en Iran, mais aussi pour l’équilibre des influences au sein du cercle trumpiste.
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