
« Hellhole » de Trump : l’Inde fustige, l’Iran persifle, Washington temporise
La controverse a éclaté lorsque Donald Trump a repris sur son réseau Truth Social un long texte du polémiste Michael Savage, qui qualifiait l’Inde et la Chine de « hellholes » – « trous d’enfer » – dans le cadre d’une diatribe contre le droit du sol américain. New Delhi a réagi avec une fermeté mesurée mais sans ambiguïté. Le ministère des Affaires étrangères a jugé ces propos « mal informés, inappropriés et de mauvais goût », tout en soulignant qu’ils ne reflétaient en rien une relation bilatérale fondée sur le respect mutuel. Cette déclaration, prononcée par le porte-parole Randhir Jaiswal, visait à contenir le malaise diplomatique avant la visite prévue en mai du secrétaire d’État Marco Rubio.
Face à l’émoi, l’ambassade des États-Unis à New Delhi a tenté d’éteindre l’incendie en citant le président lui-même, qui aurait qualifié l’Inde de « grand pays » dirigé par un « très bon ami ». Reste que cette clarification, non datée ni contextualisée, n’a pas effacé l’impression d’un faux pas répété : en 2018 déjà, Trump avait traité des nations africaines et Haïti de « shithole countries ». La récurrence de ce vocabulaire, désormais appliqué à une puissance émergente courtisée par Washington, interroge la sincérité du partenariat stratégique.
L’incident a offert une tribune inattendue à l’Iran. Depuis Bombay, le consulat général de la République islamique a publié une vidéo des richesses culturelles du Maharashtra, invitant Trump à un « detox culturel » en Inde pour le guérir de ses « bakwaas » – un terme hindi désignant le non-sens. Cette pique, savamment calibrée, rappelle que Téhéran excelle dans l’art de retourner les déclarations américaines contre leur auteur, tout en renforçant ses propres liens avec le sous-continent.
Du point de vue géopolitique, l’affaire tombe mal. Les relations indo-américaines, fondées sur la convergence face à la Chine et sur une vive coopération technologique, subissent des tensions latentes – droits de douane, visas, position de l’Inde sur l’Ukraine. La polémique sur le droit du sol, sujet brûlant aux États-Unis, pourrait cristalliser les méfiances indiennes quant à un traitement discriminatoire des migrants qualifiés. Alors que New Delhi mise sur la prospérité partagée, la légèreté des mots présidentiels rappelle que l’amitié entre grandes puissances ne saurait tenir dans un simple post.
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