
Tamil Nadu : l'acteur Vijay prête serment, fin de six décennies d'hégémonie dravidienne
C. Joseph Vijay, superstar du cinéma tamoul, devient chef du gouvernement du Tamil Nadu, mettant un terme à l'alternance DMK-AIADMK qui durait depuis 1967.
C'est une cérémonie sous haute tension émotionnelle et politique qui s'est déroulée ce dimanche 10 mai au stade Nehru de Chennai. Pour la première fois depuis 1967, un chef de gouvernement ne portant pas les couleurs des deux grandes formations dravidiennes, le DMK et l'AIADMK, a prêté serment à la tête du Tamil Nadu. C. Joseph Vijay, alias « Thalapathy », icône du cinéma tamoul âgé de 51 ans, a été investi par le gouverneur Rajendra Vishwanath Arlekar, après avoir obtenu le soutien de 120 députés sur 234, grâce à une coalition hétéroclite incluant le Congrès, les partis de gauche et l'Union musulmane indienne. Neuf ministres de son parti, le Tamilaga Vettri Kazhagam (TVK), ont prêté serment en même temps que lui, tandis que le chef de l'opposition au Parlement indien, Rahul Gandhi, partageait l'estrade, offrant l'image d'une alliance stratégique entre le nouveau pouvoir et la grande famille du Congrès.
Le basculement politique est d'une ampleur historique. Pendant près de soixante ans, le Tamil Nadu avait été gouverné par l'une ou l'autre des deux formations issues de l'idéologie dravidienne, anti-brahmanique et fortement ancrée dans les castes dominantes. Le verdict des urnes du 4 mai a pulvérisé ce duopole : le TVK, parti fondé à peine deux ans plus tôt à partir d'un fan-club, a remporté 108 sièges, reléguant le DMK au deuxième rang (59 sièges) et l'AIADMK à la troisième place (47 sièges). Vijay, qui a débuté sa carrière d'acteur enfant en 1984, incarne une génération nouvelle, décomplexée vis-à-vis des références dravidiennes traditionnelles. Dans son premier discours, il a promis un « gouvernement transparent », 200 unités d'électricité gratuites par foyer, une task force contre la drogue et la création d'une unité spéciale pour la sécurité des femmes. Il a également annoncé la publication d'un livre blanc sur l'endettement laissé par le précédent gouvernement DMK, qu'il chiffre à dix lakhs de crores de roupies.
La cérémonie elle-même a été le théâtre d'une controverse qui dépasse le simple protocole. En faisant jouer intégralement les six strophes de Vande Mataram – le chant national – avant l'hymne national et le chant régional Tamil Thaï Vaazhthu, le nouveau gouvernement s'est aligné sur une directive du ministère de l'Intérieur de Narendra Modi, provoquant la colère du DMK et des partis de gauche, qui y voient une concession à l'idéologie nationaliste hindoue. Au-delà de la querelle musicale, ce geste interroge la capacité de Vijay à maintenir l'équilibre entre les revendications identitaires tamoules et les exigences du pouvoir central. Les observateurs francophones, du Canada à la Belgique, où les diasporas tamoules sont influentes, suivent avec attention ce nouveau chapitre : l'émergence d'une figure populaire, ni brahmane ni dravidienne au sens orthodoxe, pourrait redessiner les contours de la politique régionale.
À New Delhi, le Premier ministre Modi a téléphoné à Vijay pour le féliciter, promettant une coopération entre le Centre et l'État. Mais les défis sont immenses. Le TVK n'a aucune expérience de gouvernement. Sa coalition est fragile : le Congrès, qui revendiquait deux portefeuilles, n'a obtenu qu'une promesse d'élargissement ministériel ultérieur. De plus, Vijay doit prouver sa majorité lors d'un vote de confiance avant le 13 mai. Son style vestimentaire – blazer et pantalon noir, loin du dhoti blanc traditionnel – et son refus de prêter serment dans une langue autre que le tamoul signalent une rupture générationnelle, mais aussi une volonté d'incarner une modernité pragmatique. La question centrale reste de savoir si le « Thalapathy » saura concilier la ferveur de ses fans avec les exigences prosaïques de l'administration et les compromis nécessaires à la stabilité de sa coalition. Le Tamil Nadu entre dans une ère inédite, où le cinéma et la politique ne font plus qu'un, mais où la gouvernance, elle, exige bien plus que des dialogues de films.
| Presse indienne et sud-asiatique | 0.00 | neutral |
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| Presse du Golfe arabe | 0.00 | neutral |
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La presse indienne présente la rencontre entre le nouveau ministre en chef Vijay et son prédécesseur Stalin comme une visite de courtoisie, soulignant l'accueil chaleureux et l'échange de bouquets. L'événement est rapporté de manière neutre, sans spéculation politique, se contentant d'enregistrer le geste protocolaire.
Les médias du Golfe arabe présentent la rencontre comme un développement politiquement significatif dans le réalignement post-électoral du Tamil Nadu. Tout en notant l'accueil cordial, ils soulignent l'attention politique suscitée par l'événement, laissant entendre des implications plus larges pour l'équilibre des pouvoirs dans l'État.
La presse germanophone présente l'investiture de Vijay comme la fin définitive de l'ère dravidienne au Tamil Nadu, un tournant historique après des décennies de domination des partis dravidiens. La rencontre avec Staline est interprétée comme une passation de pouvoir symbolique, scellant une nouvelle phase politique dans l'État.
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