
Iran : un guide suprême blessé et un pouvoir confisqué par les généraux
La République islamique d’Iran vit une mutation silencieuse mais radicale de son système de pouvoir. Révélé par le New York Times, l’état de santé de Mojtaba Khamenei, successeur de son père Ali tué le 28 février lors d’une frappe israélienne, est bien plus grave que ce que la propagande officielle laissait entendre. Brûlé au visage, incapable de parler sans difficulté, opéré à trois reprises d’une jambe et en attente d’une prothèse, le nouveau guide suprême est physiquement diminué. Surtout, il a délégué, « du moins pour l’instant », l’essentiel des décisions stratégiques à un cercle de généraux des Gardiens de la révolution. Selon des responsables iraniens cités par le quotidien américain, ce collectif militaire agit désormais comme un véritable conseil d’administration du régime, gérant la guerre, les négociations et la diplomatie. Jamais depuis 1979 la concentration du pouvoir entre les mains des pasdaran n’avait été aussi explicite.
Cette délégation de facto suscite des interrogations bien au-delà de Téhéran. En Israël et aux États-Unis, l’affaiblissement du Guide est perçu à la fois comme une opportunité et un risque. D’un côté, un commandement collégial peut offrir des marges de négociation moins rigidement idéologiques ; de l’autre, l’absence d’une autorité centrale reconnue complique toute trêve durable, d’autant que le cessez-le-feu unilatéral prolongé par Donald Trump expire dans les jours qui viennent. Du côté européen, la diplomatie française et allemande observe avec inquiétude cette dérive vers un pouvoir militaire informel, rappelant que toute solution au conflit passe par un interlocuteur politique identifiable. Au sein même de l’Iran, des figures comme l’ancien conseiller de Mahmoud Ahmadinejad, Abdolreza Davari, comparent Mojtaba Khamenei à un président de conseil d’administration : il approuve, mais ne décide plus.
Dans ce contexte, la fragile unité nationale que le nouveau guide a vantée dans ses rares messages écrits semble davantage un vœu pieux qu’une réalité. Les appels à la cohésion lancés par Téhéran visent surtout à contrer les rumeurs persistantes sur la vacance du pouvoir — certains médias arabes évoquant même la possibilité que le Guide ait succombé à ses blessures. À l’approche des élections de mi-mandat américaines, la fenêtre diplomatique se referme. L’Iran, exsangue après des pertes militaires et économiques colossales, n’a pas les moyens d’une nouvelle escalade. Mais le pouvoir réel, désormais aux mains de généraux peu enclins aux compromis, pourrait rendre tout accord impossible. Le verrou n’est plus idéologique : il est organique, et c’est peut-être là le changement le plus profond depuis l’avènement de la République islamique.
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