
Israël, États-Unis : la haine normalisée après le 7-Octobre ébranle les institutions
La scène, surréaliste, s’est déroulée jeudi devant la Cour suprême israélienne : des militants pro-gouvernementaux, criant « jugez les juges », ont tenté de forcer l’entrée de l’audience consacrée à la demande d’une commission d’enquête d’État sur les attaques du 7 octobre 2023. L’incident, qui a contraint les magistrats à évacuer la salle, illustre une dégradation sans précédent du contrat démocratique israélien. En refusant d’instituer une enquête indépendante, le cabinet Netanyahou alimente la défiance, tandis que la Cour, dans un geste d’apaisement calculé, envisage de reporter sa décision après les élections. De Tel-Aviv à Jérusalem, la fragmentation politique menace désormais l’édifice judiciaire, pilier d’un État déjà fragilisé par la guerre.
Cette crise institutionnelle trouve un écho troublant outre-Atlantique, où la radicalisation idéologique gagne du terrain. Aux États-Unis, l’affaire Casey Goonan, un activiste d’extrême gauche californien incarcéré pour des attentats à la bombe, révèle la portée mondiale du discours forgé le 7-Octobre. Dans un manifeste rédigé en prison, Goonan justifie les massacres du Hamas comme le déclencheur d’un « combat mondial », invoquant une lutte de libération. Les affrontements sur les campus, de UCLA à Berkeley, montrent que cette rhétorique ne reste pas confinée aux milieux marginaux : elle infiltre le débat public américain, polarisant les communautés juives et arabes.
En Californie encore, l’administration de l’État a récemment expédié à chaque foyer un guide électoral contenant les propos d’un candidat ouvertement antisémite, accusant Israël d’assassinats et attaquant le Talmud. Des organisations juives ont protesté, mais le mal est fait : la banalisation de la haine par une institution officielle franchit une ligne rouge. De Paris à Bruxelles, où les communautés juives et musulmanes cohabitent avec difficulté, ces dérives américaines inquiètent. Au Canada francophone comme en Belgique, les analystes redoutent un effet d’entraînement sur des scènes politiques déjà échaudées par l’importation des conflits du Moyen-Orient.
L’enchaînement des trois événements forme un tableau cohérent : la déliquescence des garde-fous démocratiques en Israël, la radicalisation transnationale aux États-Unis, et la complicité passive d’un État qui laisse prospérer des discours antisémites. La question n’est plus seulement de savoir comment punir les crimes du 7-Octobre, mais comment empêcher que cette date ne devienne le symbole d’une guerre civile mondiale des idées. L’Europe, par son histoire et sa diversité, pourrait offrir un modèle de résistance, à condition que ses institutions ne cèdent pas, elles aussi, à la tentation de l’indifférence.
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