
Italie : Meloni affronte Vannacci et l’UE, la droite en ébullition
La Première ministre italienne s’en prend au général Vannacci et à l’UE, alors que l’opposition fait front commun face à une droite en pleine recomposition.
À la Chambre des députés, Giorgia Meloni a rompu le silence face à Roberto Vannacci. Dans une attaque inédite, elle a qualifié son mouvement Futuro Nazionale de « fonctionnel à la gauche », revendiquant pour elle seule l’incarnation de la « vraie droite ». Cette passe d’armes, survenue durant les communications en amont du Conseil européen, révèle une fracture grandissante au sein de la majorité italienne. Le général, fort de son ascension médiatique et de ses élus, s’installe, à l’instar d’Alice Weidel en Allemagne ou de Nigel Farage au Royaume-Uni, comme un chef de file radical, obligeant la chef du gouvernement à clarifier sa ligne modérée.
Dans le même temps, Meloni a livré un réquisitoire contre les « bureaucrates européens », accusés de réviser les décisions politiques, notamment sur la réforme du marché du carbone (ETS). Elle a défendu le maintien de l’unanimité au Conseil, rejettant un système à la majorité qui « exclut et impose », un discours qui fait écho aux craintes de plusieurs capitales du sud de l’Europe quant à une intégration technocratique trop poussée. Ce positionnement, partagé par certains milieux français et espagnols, souligne les tensions entre souveraineté nationale et gouvernance bruxelloise.
Sur le front diplomatique, l’exclusion de l’Italie du format E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) pour négocier avec la Russie a suscité l’ire romaine. Avec l’appui discret du président Mattarella, Meloni insiste sur la nécessité d’un médiateur unique pour l’Union – Mario Draghi est évoqué en coulisses. Pourtant, Moscou a douché les espoirs de paix : lors d’une rencontre avec les ambassadeurs européens, le vice-ministre Galuzine a dénoncé des « politiques destructrices », tandis que la porte-parole Zakharova jugeait les conditions occidentales « inacceptables ».
Face à cette recomposition à droite, les oppositions italiennes – Parti démocrate, Mouvement 5 étoiles et la gauche écologiste – affichent une unité inédite. Elly Schlein et Giuseppe Conte ont fustigé un bilan gouvernemental « nul » et une loi électorale taillée sur mesure, en marge d’incidents de séance provoqués par des propos sexistes. Ce « front du non » pourrait rebattre les cartes électorales, alors que l’Italie semble à la veille d’échéances cruciales.
À l’approche du Conseil européen, Meloni joue une partie serrée : assainir sa droite en marginalisant les extrêmes tout en poussant pour une Europe qui agrège plutôt qu’elle n’impose. Mais la montée des radicalismes et les blocages diplomatiques pourraient fragiliser son leadership, tant à Rome qu’à Bruxelles. Dans une Union tiraillée entre unité et souverainetés, la voix italienne cherche encore sa place.
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