
Kashmir, un an après Pahalgam : l’illusion sécuritaire et la persistance d’une menace transfrontalière
Un an après le massacre de vingt-six personnes dans la vallée de Baisaran, à Pahalgam, le gouvernement indien voudrait croire que ce drame a servi d’avertissement aux réseaux terroristes étrangers. Pourtant, les faits contredisent cette lecture. Malgré une clôture renforcée le long de la chaîne du Pir Panjal et une surveillance militaire permanente, les infiltrations en provenance du Pakistan persistent, comme le soulignent les analyses régionales. Les trois auteurs présumés de l’attaque, abattus fin juillet 2024 dans la forêt de Dachigam, n’ont pu être interrogés, laissant planer un doute sur l’ampleur des ramifications logistiques derrière ce carnage. Les 1 597 pages du rapport d’enquête de la NIA ne suffisent pas à dissiper ce sentiment d’inachevé, partagé par une partie de l’opinion indienne éclairée.
Cette insécurité latente pèse lourdement sur l’économie touristique du Cachemire. À Pahalgam comme dans la vallée de Baisaran, les commerçants, les loueurs de poneys et les hôteliers témoignent d’une fréquentation en berne, malgré les mesures de sécurisation et les appels des autorités à renouer avec la normalité. La reprise, timide, reste inégale, et la peur, bien que moins visible, continue de hanter les lieux. Au-delà de cette crise locale, c’est tout un écosystème diplomatique et judiciaire qui se crispe. À Delhi, le dossier Yasin Malik illustre la détermination de l’État à frapper fort : la NIA réclame la peine de mort pour ce leader séparatiste accusé d’avoir entretenu des liens directs avec les plus hautes sphères du pouvoir pakistanais afin de préparer la sécession du Jammu-et-Cachemire.
Parallèlement, l’arrestation par l’ATS de l’Uttar Pradesh de deux jeunes radicalisés via les réseaux sociaux, agissant pour le compte du gangster pakistanais Shahzad Bhatti et de l’ISI, révèle une stratégie de déstabilisation plus insidieuse, qui cible la jeunesse indienne en dehors même de la région himalayenne. D’un point de vue géopolitique, la persistance de ces infiltrations interroge l’efficacité des dispositifs de contrôle frontalier. Le Pir Panjal, bien que clôturé et quadrillé, demeure une brèche pour des combattants aguerris qui connaissent chaque pli du relief. Cette faille sécuritaire alimente un cycle de violence que ni le déploiement militaire ni la propagande officielle ne semblent pouvoir briser. Pour les observateurs européens et africains, attentifs aux équilibres régionaux, le Cachemire reste un baromètre des tensions entre deux puissances nucléaires, où chaque attentat ravive la crainte d’une escalade incontrôlée. L’avenir immédiat dépendra moins de la hauteur des grillages que de la capacité de New Delhi à conjuguer fermeté antiterroriste et réconciliation avec une population locale meurtrie, tout en désamorçant les ingérences venues de l’Ouest.
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