
L’or au zénith : les banques centrales désertent le dollar face aux périls géopolitiques
Les réserves d’or des banques centrales atteignent un pic inédit, le dollar recule, et l’incertitude mondiale redessine la carte des placements.
Jamais, depuis cinq trimestres, les banques centrales n’avaient acheté autant d’or. La tendance, confirmée par les données du Conseil mondial de l’or, traduit un mouvement de fond : la défiance envers les actifs libellés en dollars s’installe durablement. Selon une étude de la Deutsche Bank, la part du dollar dans les réserves officielles est tombée sous la barre des 40 %, tandis que celle de l’or a doublé pour atteindre près de 30 %. Ce basculement, amorcé après le gel des réserves russes en 2022, s’accélère sous l’effet des conflits au Proche-Orient et en Ukraine, et d’une inflation qui reste tenace.
À Wall Street, les pronostics les plus audacieux viennent de JPMorgan, qui voit l’once franchir les 6 300 dollars d’ici la fin de l’année. La banque mise sur la poursuite des achats des banques centrales – notamment chinoises, indiennes et turques – et sur un afflux massif vers les ETF aurifères. À l’inverse, le scénario du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale table sur un plateau en 2026, suivi d’une correction en 2027, si les primes de risque géopolitique s’amenuisent. Entre ces deux visions, les marchés oscillent, mais la dynamique reste haussière.
En Europe, les investisseurs scrutent l’érosion de la confiance dans le billet vert. Les banques centrales de la zone euro, tout en maintenant une part importante de leurs réserves en dollars, ont diversifié vers l’or et d’autres devises, comme le yuan. Cette quête de neutralité monétaire est aussi une réponse à la politisation croissante des sanctions financières américaines. Du côté israélien, la donne est plus contrastée. Le shekel s’est apprécié de plus de 8 % face au dollar depuis janvier, porté par des entrées massives de capitaux dans le secteur high-tech et par une série d’exits. Les banques israéliennes, comme Hapoalim, publient des résultats solides, mais le risque d’une reprise des hostilités au Liban ou à Gaza pèse sur la monnaie. Les analystes estiment qu’un retour temporaire du dollar n’est pas exclu si la sécurité se dégrade.
Au-delà des variations conjoncturelles, la course à l’or révèle une recomposition plus profonde. Les pays émergents, en tête la Chine, accumulent le métal jaune pour se prémunir contre un système financier dominé par Washington. L’Afrique du Sud, premier producteur continental, voit dans cette demande une opportunité, mais aussi un risque de volatilité accrue. L’avenir dépendra de l’évolution des conflits et de la politique monétaire américaine. Si la Fed devait baisser ses taux plus tôt que prévu, l’once pourrait franchir de nouveaux records, rendant le dollar moins attractif. Mais un accord de cessez-le-feu durable au Proche-Orient inverserait peut-être la tendance, redonnant vie aux actifs risqués. En attendant, l’or reste le baromètre d’un monde qui doute de ses repères.
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