
L'Union européenne à bout de souffle budgétaire face à la nouvelle crise énergétique
Les caisses sont vides, et l’horizon s’assombrit. Alors que les dirigeants européens se réunissaient à Chypre pour tenter d’endiguer la flambée des prix de l’énergie provoquée par l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, une réalité brutale s’impose : les capacités budgétaires des États membres, déjà mises à rude épreuve par la pandémie de Covid-19 et la crise énergétique de 2022 consécutive à la guerre en Ukraine, sont aujourd’hui quasi inexistantes. C’est ce que rapporte la presse britannique, confirmant les craintes des chancelleries européennes.
Pour la troisième fois en six ans, l’économie de l’Union doit absorber un choc exogène majeur, cette fois nourri par les tensions au Proche-Orient, mais les réserves financières qui avaient permis d’amortir les précédents sont tariés. Bruxelles, consciente de l’urgence, a dévoilé un plan intitulé « AccelerateEU », qui vise à coordonner les approvisionnements, remplir les stocks de gaz, libérer des réserves pétrolières et protéger les ménages les plus vulnérables par des aides ciblées, des bons énergétiques ou une réduction des accises sur l’électricité. Ces mesures, bien que pragmatiques, se heurtent à un mur budgétaire.
Les négociations sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034, qui s’ouvrent dans ce climat délétère, promettent d’être âpres : aucun gouvernement ne souhaite augmenter sa contribution à un budget commun dont les marges de manœuvre semblent désormais hypothéquées. Cette paralysie budgétaire a des répercussions bien au-delà des frontières européennes. Pour les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre, fortement dépendants des importations de produits pétroliers raffinés, la flambée des cours aggrave une inflation déjà mal maîtrisée et réduit les marges des États endettés.
La Belgique, plaque tournante du négoce pétrolier, voit ses industries exposées à une volatilité accrue, tandis que le Canada, grand producteur, observe avec attention les signaux d’une demande européenne qui pourrait se détourner des sources moyen-orientales. L’horizon est incertain : sans un sursaut de solidarité fiscale intracommunautaire et une accélération encore plus rapide de la transition énergétique, l’Europe risque de s’enliser dans une stagflation énergétique dont les conséquences sociales et politiques pourraient fracturer l’Union et affaiblir son influence sur la scène mondiale.
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