
La guerre au Moyen-Orient vide les réserves pétrolières mondiales à un rythme inédit
En avril, les stocks ont plongé de près de 200 millions de barils, et l’OPEP produit au plus bas depuis 1990, malgré une demande effondrée.
Le mois d’avril a marqué un sommet paradoxal dans l’histoire pétrolière : les réserves mondiales de brut ont subi une contraction record, de l’ordre de 200 millions de barils, soit 6,6 millions de barils par jour, selon les données de S&P Global Energy. Ce chiffre n’a d’équivalent que par son ampleur, alors même que la demande, asphyxiée par la flambée des prix, s’effondrait de près de 5 millions de barils quotidiens – la chute la plus brutale hors pandémie. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran, en provoquant le blocage de facto du détroit d’Ormuz, a tari les flux en provenance du Golfe, conduisant à un déstockage accéléré qui vide les capacités de stockage terrestres et maritimes. Les analystes, tel Jim Burkhard de S&P, estiment que le marché a ainsi perdu un milliard de barils depuis le début des hostilités, ramenant les réserves mondiales à leur plus bas niveau en huit ans, selon Goldman Sachs.
Dans ce contexte, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a vu sa production tomber à 20,55 millions de barils par jour en avril, son plancher depuis 1990. Le recul de 420 000 barils par jour cache des disparités régionales sévères : le Koweït, privé de ses débouchés maritimes, a réduit son extraction de près de 470 000 barils, pour tomber à 800 000 barils quotidiens – moins du tiers de son niveau d’avant-crise. L’Iran, également frappé, subit les conséquences directes de l’embargo américain renforcé. La paralysie d’Ormuz, artère vitale pour le pétrole du Golfe, transforme chaque baril produit en un enjeu stratégique. Pour les pays africains francophones importateurs comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, la flambée du prix du brut creuse les déficits commerciaux et menace les équilibres budgétaires, tandis que les raffineries européennes, notamment en Belgique et en France, voient leurs approvisionnements se raréfier.
Ce tableau déjà sombre s’assombrit encore avec l’annonce, le 1er mai, du retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+. Troisième producteur de l’organisation, Abou Dhabi avait déjà limité sa production avant la guerre ; sa défection fragilise un cartel déjà divisé et pourrait inciter d’autres membres à suivre la même voie, notamment en Afrique où le Nigeria et l’Angola peinent à respecter leurs quotas. La fin du conflit ne suffira pas à rétablir l’équilibre : la reprise de l’extraction koweïtienne et iranienne butera sur des infrastructures endommagées, tandis que les réserves stratégiques américaines, déjà entamées, ne pourront amortir un nouveau choc. Le marché entre dans une zone inconnue, où l’offre et la demande reculent simultanément à des rythmes jamais vus, faisant de la sécurité énergétique une préoccupation centrale pour l’Europe, le Canada et les économies émergentes.
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