
La ministre de l'Écologie Monique Barbut annonce sa démission après l'adoption de la loi agricole
Le Parlement français a définitivement adopté le 21 juillet la loi d'urgence agricole, incluant la réintroduction controversée de deux pesticides, provoquant le départ annoncé de la ministre.
Le Parlement français a définitivement adopté mardi 21 juillet le projet de loi d'urgence agricole, avec un vote du Sénat de 214 voix contre 111. Le texte, promis en janvier par le premier ministre Sébastien Lecornu aux agriculteurs, prévoit notamment la possibilité pour l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) d'autoriser à titre dérogatoire l'utilisation de deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l'Union européenne – l'acétamipride et le flupyradifurone – pour les filières de la noisette, de la cerise et de la pomme. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé qu'elle présenterait sa démission au président Emmanuel Macron, estimant ne pas avoir d'autre choix après ce vote qu'elle jugeait contraire à ses convictions. Selon son entourage, elle a formellement remis sa démission au premier ministre lors d'un entretien à Matignon.
Les positions sont tranchées. La gauche, par la voix du coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, a dénoncé « la réintroduction de deux pesticides cancérigènes, dénoncés par les sociétés savantes, les médecins et plus de 2 millions de citoyens ». Des ONG environnementales, dont Greenpeace, estiment que « le gouvernement et ses alliés piétinent la science, la santé, l'environnement et la volonté citoyenne ». À l'inverse, le principal syndicat agricole, la FNSEA, a salué « un tournant majeur » et « une prise de conscience de la situation critique que traverse aujourd'hui la Ferme France ». Les filières concernées ont jugé que l'accès à ces produits « permettra d'attendre sereinement l'arrivée des solutions alternatives ». Le premier ministre a refusé de retirer la mesure par amendement, malgré les demandes de députés de son propre camp.
Cette démission constitue la troisième crise avec un ministre de l'Écologie depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée, après les départs de Nicolas Hulot en 2018 et de François de Rugy en 2019. La loi d'urgence agricole, qui comporte plus de 70 mesures, vise à répondre aux difficultés des agriculteurs français, alors que la balance commerciale agroalimentaire du pays est tombée à 200 millions d'euros en 2025, contre 4,9 milliards l'année précédente. Outre les pesticides, le texte aborde la gestion de l'eau, l'élevage et la protection du loup. La gauche a annoncé qu'elle saisirait le Conseil constitutionnel pour contester la mesure.
Monique Barbut doit présenter sa démission au président Macron d'ici le Conseil des ministres de mercredi. Le premier ministre n'a pas encore accepté formellement son départ. La ministre a laissé entendre que si sa démission était refusée, sa décision dépendrait des explications qui lui seraient fournies. Le texte de loi pourrait encore être censuré par le Conseil constitutionnel, comme ce fut le cas l'an dernier pour une proposition de loi similaire portée par le sénateur Laurent Duplomb.
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