
La Russie suspend les dividendes d'Alrosa, signe d'une industrie diamantaire sous tension
Le géant russe de l'extraction diamantaire Alrosa ne versera pas de dividende au titre de l'exercice 2025, une décision recommandée par son conseil de surveillance et qui sera soumise à l'approbation des actionnaires le 10 juin prochain à Mirny, en Iakoutie. La société affiche pourtant un bénéfice net en forte hausse — 29,96 milliards de roubles selon les normes russes, soit une progression de 87 % — mais le flux de trésorerie disponible reste négatif, à moins 13,62 milliards de roubles. Ce déséquilibre traduit les difficultés structurelles d'un secteur frappé de plein fouet par les sanctions occidentales et la baisse de la demande mondiale.
L'arrêt des distributions intervient dans un contexte où Alrosa, qui assure près de 30 % de l'extraction mondiale de diamants bruts, voit sa production chuter de 10 % en 2025, à 29,8 millions de carats. La prévision pour 2026 est encore plus basse, entre 25 et 26 millions de carats, le directeur général évoquant un rééquilibrage nécessaire du marché. Derrière ces chiffres se profile l'effet des restrictions imposées depuis 2024 par le G7 et l'Union européenne sur les diamants russes, qui contraignent Alrosa à réorienter ses ventes vers l'Asie et le Moyen-Orient, souvent à des prix décotés. La place d'Anvers, traditionnel pivot du commerce diamantaire pour la Belgique et la francophonie, subit de plein fouet cette recomposition logistique, tandis que les producteurs africains — Botswana, Angola, République démocratique du Congo — tentent de tirer parti du vide laissé par Moscou, sans parvenir encore à compenser le volume perdu.
Du côté de la politique de dividende, Alrosa s'était engagée à verser au moins 50 % de son bénéfice net IFRS si le ratio dette nette sur EBITDA restait inférieur à 1,5. Or, si le bénéfice a bondi, la trésorerie exsangue et les investissements contraints — notamment dans les mines de Iakoutie et de la région d'Arkhangelsk — expliquent la prudence du conseil. Cette décision est aussi un signal pour les actionnaires, parmi lesquels l'État russe détient une participation majoritaire via le ministère des Finances et la République de Sakha. En privant le budget fédéral d'une manne attendue, le Kremlin fait le pari d'une reprise du marché à moyen terme, mais les perspectives géopolitiques restent incertaines. La guerre en Ukraine, les sanctions prolongées et la montée en puissance des diamants de synthèse — notamment produits en Chine et aux États-Unis — pourraient fragiliser encore davantage le modèle d'Alrosa, dont la survie dépend désormais d'une réorganisation profonde de ses circuits commerciaux et d'un apaisement des tensions internationales.
Élargis ton regard
Washington révoque le visa de l’ambassadrice du Brésil, Brasilia dénonce une ingérence électorale
3 langues · 43 sources
Depuis Economy & MarketsLa guerre au Proche-Orient propulse les bénéfices des majors pétrolières à des sommets
2 langues · 21 sources
Depuis TechnologyUn étage de fusée Falcon 9 de SpaceX s'écrase sur la Lune, confirmé par plusieurs observatoires
8 langues · 29 sources