
La trêve israélo-libanaise vacille après l'ordre de Netanyahou de «frapper avec force» le Hezbollah
Le fragile cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, prolongé de trois semaines jeudi dernier sous l’égide de l’administration Trump, a volé en éclats samedi. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a ordonné à son armée de «frapper avec force» les positions du mouvement pro-iranien au Liban, invoquant une série de violations du compromis. Cette décision fait suite à des tirs de roquettes et à des drones explosifs que Tsahal attribue au Hezbollah dans la région de Qantara. Dès lors, la machine de guerre israélienne a riposté en deux vagues meurtrières dans le sud du Liban.
La première salve a frappé en plein jour le district de Nabatiyé. Selon le ministère libanais de la Santé, un camion et une motocyclette ont été visés dans la localité de Yohmor al-Shaqeef, faisant six morts au total. L’armée israélienne a justifié ces tirs en affirmant avoir «éliminé» trois membres du Hezbollah circulant dans un véhicule chargé d’armes, ainsi que deux autres combattants armés. Mais sur le terrain, les secouristes libanais ont dénombré plusieurs civils parmi les victimes, accentuant la colère dans une région déjà exsangue après des mois d’affrontements.
Dans la soirée, de nouvelles frappes ont visé quatre autres localités — Hadatha, Zepqin, Kherbet Selem et Sultanieh — situées dans les districts de Bint Jbeil, Tyr et Nabatiyé. L’agence officielle ANI a rapporté des destructions d’infrastructures, tandis que Tsahal affirmait avoir ciblé «des infrastructures terroristes du Hezbollah utilisées à des fins militaires». Ce cycle de violence illustre la fragilité d’un cessez-le-feu qui n’avait jamais totalement mis fin aux hostilités, réduisant seulement l’intensité des échanges de tirs.
Du point de vue israélien, toute violation du statu quo — comme le lancement de drones ou le maintien de positions armées dans la zone démilitarisée — justifie une réponse immédiate pour préserver la crédibilité de la dissuasion. Pour Beyrouth, ces frappes constituent une atteinte intolérable à sa souveraineté, d’autant que l’armée libanaise peinait déjà à contrôler la frontière sud. L’Iran, par la voix de ses alliés, dénonce une «escalade délibérée» alors que Téhéran cherche à préserver un équilibre régional sans ouvrir un nouveau front.
Sur la scène internationale, Washington, qui avait négocié la prolongation de la trêve, observe avec inquiétude le retour des hostilités. Les chancelleries européennes — Paris, Bruxelles et Ottawa — appellent à la retenue, craignant un embrasement généralisé qui mettrait en péril la fragile stabilité du Liban. La mission de l’ONU au sud du pays (FINUL) se trouve dans une position intenable, sommée de faire respecter des lignes rouges que chaque camp interprète à sa convenance.
À l’heure où le spectre d’une guerre ouverte resurgit, la question centrale demeure celle de la viabilité d’un accord qui n’engage aucune partie à désarmer réellement. Le Hezbollah, fort de son ancrage local et de ses soutiens iraniens, refuse toute concession militaire. Israël, de son côté, considère la dissuasion comme le seul langage compris par son adversaire. Sans un mécanisme de contrôle robuste et une volonté politique partagée, chaque «violation» risque de devenir l’étincelle qui embrasera de nouveau la frontière israélo-libanaise.
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