
Le Pérou entre deux feux : une présidentielle contestée dans une Amérique latine en ébullition
La présidentielle péruvienne entre dans une phase décisive, marquée par la contestation persistante du candidat ultraconservateur Rafael López Aliaga, qui refuse d’admettre sa défaite au premier tour face au socialiste Roberto Sánchez. Tandis que Keiko Fujimori, donnée gagnante avec 97 % des voix dépouillées, se prépare à affronter l’héritier de Pedro Castillo au second tour prévu le 7 juin, López Aliaga, fort de ses 11,9 % contre 12 % pour Sánchez, exige une annulation du scrutin. Le rejet unanime de sa demande par le Jury national des élections le 24 avril l’a poussé à saisir des instances internationales, une stratégie qui rappelle les manœuvres de la droite péruvienne en 2021.
Pour apaiser les tensions, l’autorité électorale a lancé un audit informatique supervisé par des experts indépendants, nationaux et étrangers, visant à restaurer la confiance dans un processus entaché de défaillances logistiques. La région, elle, ne respire pas la sérénité. En Colombie, la campagne présidentielle du 31 mai se cristallise autour d’Iván Cepeda, candidat du Pacte historique, qui caracole en tête des sondages avec 34 à 38 % des intentions de vote.
Mais son leadership s’effondre dans les hypothèses de second tour, où la polarisation et la peur du changement pourraient offrir une victoire à la droite. Ce scénario inquiète les observateurs européens, qui voient dans ces élections un test pour la stabilité démocratique du sous-continent. Parallèlement, les relations entre Bogota et Quito se dégradent chaque semaine.
Le président colombien Gustavo Petro et son homologue équatorien Daniel Noboa échangent des accusations de complicité avec le narcotrafic, sur fond de guerre tarifaire et de crise diplomatique. Cette guerre froide latino-américaine, héritée des tensions de l’ère Trump, fragilise les équilibres régionaux et complique la tâche des médiateurs internationaux, qu’ils soient européens ou issus d’organisations francophones comme l’Organisation internationale de la Francophonie. Au Pérou, le second tour s’annonce serré et empoisonné par les contentieux juridiques.
L’issue de ce scrutin, couplée aux incertitudes colombiennes et à la confrontation andine, dessine une Amérique latine où la démocratie est mise à l’épreuve par des élites incapables de reconnaître leur défaite et par une polarisation qui paralyse l’action publique. L’engagement des experts internationaux dans le processus péruvien pourrait offrir une fenêtre de crédibilité, mais il ne suffira pas à conjurer le spectre d’une crise politique régionale.
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