
Le Texas obtient le droit d’afficher les Dix Commandements : une victoire pour la droite religieuse américaine
Une cour d’appel fédérale américaine a donné raison, ce mardi, à l’État du Texas dans sa volonté d’imposer l’affichage des Dix Commandements dans toutes les salles de classe publiques. Cette décision marque une étape décisive pour les militants conservateurs chrétiens, qui multiplient les offensives juridiques depuis plusieurs mois. En juin 2025, le gouverneur républicain Greg Abbott avait signé une loi exigeant que ce texte biblique soit placé « dans un endroit bien visible » de chaque salle, une disposition contestée par des familles et des associations de défense des libertés civiles. Les précédentes tentatives similaires en Louisiane et en Arkansas avaient été partiellement invalidées par les tribunaux, mais le circuit judiciaire texan vient de briser ce précédent, ouvrant la voie à une possible généralisation de cette pratique dans les États dirigés par les républicains.
Du point de vue européen, cette décision interpelle par son opposition frontale au principe de laïcité. En France, où la loi de 1905 consacre la séparation des Églises et de l’État, l’idée même d’imposer un texte religieux dans les écoles publiques serait inconcevable. La Belgique, de tradition pluraliste, observe avec attention ces évolutions outre-Atlantique, tandis que l’Espagne, qui a connu un long débat sur le crucifix dans les salles de classe, voit dans ce jugement la résurgence d’un nationalisme chrétien que l’Europe croyait dépassé. Dans les pays francophones d’Afrique, la question se pose différemment : le Nigeria, par exemple, connaît des tensions entre le nord musulman et le sud chrétien, tandis que la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, à majorité musulmane, pratiquent une laïcité de fait qui pourrait être fragilisée par ce précédent américain.
Au Canada, particulièrement au Québec, la loi sur la laïcité de l’État interdit le port de signes religieux ostentatoires aux employés de l’État, et l’affichage des Dix Commandements dans les écoles serait immédiatement contesté. Cette décision texane risque donc d’alimenter les débats sur la place de la religion dans l’espace public, bien au-delà des frontières américaines.
Pour l’avenir, tout indique que cette bataille juridique n’est pas terminée. La décision de la cour d’appel pourrait être portée devant la Cour suprême des États-Unis, dont la composition conservatrice laisse présager un verdict favorable aux partisans d’une religion d’État. Si le précédent se confirme, ce serait un tournant majeur dans l’interprétation du premier amendement, qui garantit la liberté religieuse mais interdit aussi tout établissement d’une religion officielle. Les observateurs s’inquiètent d’une possible fragmentation du droit constitutionnel américain, chaque circuit fédéral pouvant désormais imposer sa vision, au gré des majorités politiques locales. Dans ce contexte, la décision texane pourrait bien être la première pierre d’un édifice où la foi et la loi se confondent.
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