
Liban : la trêve vole en éclats, entre frappes israéliennes et drones du Hezbollah
L’accord de cessez-le-feu scellé le 17 avril dernier entre le Liban et Israël, première négociation directe depuis des décennies, n’aura résisté que deux semaines. L’escalade des violences depuis le début de la semaine a transformé le fragile armistice en un champ de ruines diplomatiques et humaines. Des dizaines de raids israéliens ont visé plus de soixante localités du sud du pays, et les drones du Hezbollah, équipés de fibre optique pour contourner le brouillage, frappent désormais le nord d’Israël avec une précision inédite. La région retombe dans une logique de représailles qui semble sans fin.
Du côté libanais, le président Joseph Aoun a dénoncé avec force ce qu’il appelle les « violations continues » israéliennes, tandis que le ministère de la Santé recense plus d’une centaine de morts parmi le personnel médical depuis le début des hostilités. Dans les villages du Sud, les frappes ne distinguent plus civils, ambulanciers et édifices religieux. Le discrédit jeté sur l’État libanais, incapable d’imposer le respect des clauses qu’il a lui-même négociées, nourrit un sentiment d’abandon dans une population déjà éprouvée par des années de crise.
De l’autre côté de la ligne bleue, l’armée israélienne a reconnu la mort d’un soldat et une quinzaine de blessés lors de l’attaque par drone sur la localité de Shomera, où un véhicule blindé a été détruit. Des analystes militaires israéliens évoquent désormais une véritable « guerre d’usure », et le ministre de la Défense, Israel Katz, a convoqué une réunion d’urgence. Mais la politique de « réponse limitée », imposée selon plusieurs sources par Washington, semble de plus en plus difficile à maintenir face à la pression de l’opinion publique et des partis d’extrême droite au sein de la coalition.
L’ombre du Hezbollah, qui justifie ses attaques comme une riposte aux bombardements israéliens sur les civils, plane sur tout le sud du Liban. Ses drones, devenus la signature tactique de la formation iranienne, terrorisent les localités frontalières israéliennes et contraignent Tsahal à revoir ses dispositifs antiaériens. Mais cette stratégie expose aussi Beyrouth à des représailles massives, et les capitales européennes — Paris, Bruxelles, Ottawa — suivent avec inquiétude un embrasement qui pourrait déstabiliser l’ensemble du Levant.
L’avenir immédiat de cette trêve avortée dépendra de la capacité des médiateurs internationaux, en particulier les États-Unis, à convaincre Israël de modérer ses frappes et le Liban de contrôler le Hezbollah. Mais les appels de Donald Trump à des « frappes limitées », rapportés par la presse libanaise, peinent à enrayer une dynamique qui, jour après jour, rapproche les deux camps d’une confrontation totale. Le Liban, une fois de plus, pourrait payer le prix fort d’une paix qui n’en était qu’une illusion.
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