
Limogeage à la Marine américaine : fractures du pouvoir trumpien en pleine crise du Golfe
Alors que la marine américaine maintient un blocus naval dans le détroit d’Ormuz et déploie deux porte-avions face à l’Iran, le Pentagone vient de connaître un nouveau séisme : le secrétaire à la Marine, John Phelan, a été limogé par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, après une lutte de pouvoir éclair. L’annonce, lâchée sur X par un porte-parole du Pentagone alors que l’intéressé tentait encore d’obtenir un entretien direct avec Donald Trump, illustre la brutalité des rapports de force au sein d’une administration où la loyauté personnelle prime sur toute autre considération.
John Phelan, riche homme d’affaires de Floride, voisin et généreux donateur de la campagne présidentielle de Trump – près d’un million de dollars en 2024 –, promettait de construire une « flotte d’or » de 280 à 300 navires. Mais son projet butait, selon la presse américaine, sur l’hostilité de Hegseth et de son adjoint Stephen Feinberg, qui le jugeaient trop lent à exécuter les priorités de l’administration. D’après des sources à Washington, Phelan, limogé en pleine nuit, s’est refusé à quitter son poste tant que le président ne le lui confirmait pas en personne ; il est finalement reparti de la Maison-Blanche sans soutien.
Ce renvoi est le cinquième départ forcé au sommet de l’exécutif en six semaines. Comme le relèvent plusieurs titres européens, de La Vanguardia à La Stampa en passant par Domani, la stabilité apparente de la première année du second mandat Trump vole en éclats. Les observateurs madrilènes parlent d’une « purge printanière », tandis que les analystes italiens décrivent un « tous contre tous » qui rappelle le chaos de 2017-2018, quand ministres et généraux quittaient la Maison-Blanche sur fond de divergences avec le président. Cette fois, le limogeage intervient en pleine opération navale d’envergure au Moyen-Orient, ce qui aiguise les inquiétudes dans les chancelleries européennes quant à la fiabilité de la chaîne de commandement américaine.
Alors que le détroit d’Ormuz, point de passage d’un tiers du commerce pétrolier maritime mondial, est sous blocus naval américain contre l’Iran, la Navy se trouve en première ligne. Les médias russes, à l’instar de Kommersant, reprennent la justification officielle de Trump – « quelques conflits avec certaines personnes » – mais notent que les rivalités personnelles prennent le pas sur les impératifs stratégiques. Pour Moscou, cette instabilité confirme la fragmentation d’un appareil décisionnel américain perçu comme de moins en moins prévisible.
Dans les capitales de l’Union, ce nouvel épisode alimente les doutes sur la capacité de Washington à piloter des engagements militaires de longue haleine. La Belgique et la France, qui participent aux patrouilles maritimes européennes dans le golfe Persique, voient dans la valse des responsables un facteur de risque supplémentaire pour la sécurité des approvisionnements énergétiques. Du côté africain francophone, où toute perturbation du trafic pétrolier a des répercussions économiques immédiates, on s’inquiète également d’une escalade qui pourrait fragiliser les pays importateurs.
L’épisode laisse entrevoir de nouvelles turbulences. Si les républicains perdaient le contrôle du Sénat en novembre, comme l’évoque la presse madrilène, toute confirmation de successeurs deviendrait difficile, ce qui pourrait accélérer encore la valse des postes. Surtout, le projet de « flotte d’or », déjà mal engagé, risque de s’enliser. L’avenir dira si Hegseth, maître du Pentagone pour l’heure, saura imposer une vision cohérente, ou si la guerre des clans continuera de primer sur la préparation militaire, au moment précis où la Navy est engagée dans l’un des bras de fer géopolitiques les plus sensibles de la planète.
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