
Mbappé et Yamal blessés, Real Madrid en berne : la Liga n’est plus qu’une attente du Mondial
Le sprint final de la Liga a brutalement changé de visage au cours d’un week-end andalou qui a vu Kylian Mbappé quitter la pelouse en grimaçant et le Real Madrid abandonner ses dernières illusions. Vendredi soir à La Cartuja, le capitaine de l’équipe de France s’est arrêté net à la 80e minute, sans contact apparent, et a demandé le changement. Ce geste, anodin en apparence, a immédiatement figé la presse de l’Hexagone, qui redoute une lésion aux ischio-jambiers à moins de deux mois du match d’ouverture de la Coupe du monde face au Sénégal. Dans la même soirée, le Betis arrachait un nul dans les arrêts de jeu par Bellerín, laissant le Real à huit longueurs du Barça avant même que les Catalans ne foulent la pelouse de Getafe.
La réaction barcelonaise n’a laissé aucune place au suspense. Privé de Lamine Yamal, victime d’une élongation au biceps fémoral, et de Raphinha, le leader a livré une prestation autoritaire au Coliseum, s’imposant grâce à Fermín López et à Marcus Rashford. L’écart est désormais de onze points. Dans les travées madrilènes, la colère gronde et certains supporteurs ont invectivé les joueurs à leur descente du bus, symbole d’un club qui ne se comprend plus sans la victoire. Les chroniqueurs ibériques n’hésitent plus à qualifier cette Liga de « sentencia definitiva ».
Au-delà du duel domestique, c’est le rendez-vous nord-américain qui focalise toutes les attentions et toutes les angoisses. La presse allemande, à travers la voix d’Oliver Kahn, a jeté un pavé dans la mare en conseillant à Yamal de « faire une croix » sur le Mondial, rappelant le calvaire de Samuel Umtiti. Hansi Flick, lui, veut croire que son protégé reviendra « plus fort » pour la compétition. Ces dissonances illustrent le bras de fer feutré qui s’intensifie entre les sélections et les clubs européens à l’approche d’une épreuve disputée pour la première fois dans trois pays.
Du Maghreb au Canada, la fébrilité est tout aussi sensible. Au Maroc, on suit de près la fragilité des stars : la rencontre France-Sénégal du 16 juin devient un point de crispation, car l’absence d’un Mbappé ou d’un Yamal redessinerait complètement les rapports de force au sein d’un groupe élargi à quarante-huit équipes. À Montréal ou à Bruxelles, où vivent d’importantes diasporas francophones, on scrute la moindre information médicale en provenance de Madrid et de Barcelone, conscient que ces blessures en cascade – Militao, Güler, Ter Stegen, et désormais les deux prodiges – transforment la préparation du tournoi en une loterie. La fin de saison européenne devient ainsi une longue salle d’attente où l’injonction de performance cède le pas à la peur du pépin physique.
L’avenir immédiat dira si cette accumulation d’alertes n’est que le bruit de fond d’une saison trop dense ou le signal d’un système à bout de souffle. Alors que le Canada, le Mexique et les États-Unis s’apprêtent à accueillir le monde, la grande fête du football pourrait paradoxalement s’ouvrir sur une infirmerie mondiale, laissant les sélectionneurs prier pour que leurs joyaux arrivent intacts au coup d’envoi.
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