
Milei, dithyrambes à Jérusalem, disgrâce à Buenos Aires : l’équilibre impossible
Le président argentin Javier Milei a profité de sa troisième visite en Israël en deux ans pour réitérer un discours d’une ferveur sans faille envers l’État hébreu, affirmant qu’Argentine et Israël partagent « une même cause : celle de maintenir vivante la flamme de la liberté » dans un monde que lui-même juge livré à l’obscurité. En accueillant ce « javer » – « ami » en hébreu –, les dirigeants israéliens, assoiffés de soutiens internationaux après deux années et demie de guerre, ont offert à Milei une visibilité médiatique et une onction politique. Mais ce tableau d’alliance idéologique contraste violemment avec la réalité intérieure argentine, où le chef de l’État enregistre une chute continue dans les classements régionaux : selon un sondage de CB Global Data, sa cote de popularité est tombée à 36,2 % en avril 2026, le reléguant au quatorzième rang sur dix-huit dirigeants latino-américains, après avoir occupé la huitième place en février.
Cette dégradation de l’image présidentielle n’est pas une simple fluctuation d’opinion ; elle s’ancre dans des indicateurs sociaux alarmants. L’Observatoire de la dette sociale de l’Université catholique argentine vient de publier un rapport montrant que 53,6 % des enfants et adolescents – soit plus d’un mineur sur deux – vivaient en situation de pauvreté à la fin de l’année 2025. Ce chiffre, bien qu’en baisse par rapport au pic de 62,9 % enregistré à l’arrivée de Milei, demeure un stigmate qui fragilise le récit du « changement structurel » vanté par l’exécutif.
Dans ce climat, Milei persiste à engager des polémiques personnelles et symboliques : il a récemment attaqué sur le réseau X le journaliste Carlos Pagni, l’accusant d’avoir daté erronément le début de son gouvernement en janvier 2023, et l’a qualifié de « delincuente ». Ce réflexe vindicatif, amplifié par les militants libertaires, révèle une stratégie de diversion couramment observée chez les dirigeants populistes confrontés à l’érosion de leur capital politique. Du point de vue européen et francophone – que ce soit à Bruxelles, à Ottawa ou dans les capitales africaines –, cette dualité interroge : alors que Milei se pose en héraut de la liberté aux côtés de Benyamin Netanyahou, ses arbitrages internes plongent des millions d’enfants dans la précarité.
La communauté internationale, notamment les institutions financières multilatérales et les partenaires européens de l’Argentine, surveille de près cet écart grandissant entre le discours géopolitique et la gestion sociale. L’avenir immédiat dépendra de la capacité de Buenos Aires à stabiliser son économie sans aggraver les fractures humaines, mais aussi de la volonté de Milei de concilier son agenda messianique avec les exigences concrètes d’un pays où la pauvreté n’attend pas les serments républicains.
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