
Mondial 2026 : la FIFA et les géants asiatiques face à une impasse historique sur les droits télévisés
À un mois du Mondial 2026, la FIFA n'a toujours pas vendu les droits de diffusion en Chine et en Inde, menaçant d'exclure près de trois milliards de téléspectateurs potentiels.
L’approche du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, prévue le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, est assombrie par une impasse commerciale inédite entre la FIFA et les deux géants démographiques de l’Asie : la Chine et l’Inde. Alors que les droits de retransmission ont déjà été cédés dans cent soixante-quinze zones géographiques, les négociations avec Pékin et New Delhi restent au point mort. En Chine, la chaîne publique CCTV, seule habilitée à traiter, propose une somme de quatre-vingts millions de dollars, loin des deux cent cinquante à trois cents millions exigés par l’instance zurichoise. Cet écart record contraste avec les éditions précédentes, où un accord était scellé plusieurs mois à l’avance. Pour la première fois en quatre décennies, des centaines de millions de supporters chinois risquent de ne pouvoir suivre le tournoi sur un écran officiel.
Le fossé financier n’est pas le seul obstacle. Le décalage horaire décourage les diffuseurs asiatiques : à Pékin comme à Shanghai, les matches se joueront en pleine nuit, le coup d’envoi de la finale tombant à trois heures du matin. À New Delhi, l’heure est certes moins tardive, mais la plupart des rencontres les plus attendues se dérouleront après minuit. Une audience massive, qui représentait à elle seule 22,6 % de la couverture en streaming lors du Mondial 2022, pourrait ainsi être perdue. La FIFA, dans un communiqué prudent, affirme que les discussions se poursuivent et qu’elles doivent rester confidentielles. Mais le temps presse pour un événement dont la diffusion dépend aussi de la publicité et des revenus publicitaires locaux.
En Europe, le paysage audiovisuel se dessine en contraste. L’Italie, absente de la compétition pour la troisième fois consécutive, verra néanmoins trente-cinq matches en clair sur la Rai, tandis que la plateforme DAZN retransmettra l’intégralité des cent quatre rencontres en streaming payant. Ce modèle hybride illustre la fragmentation croissante des droits sportifs, que la FIFA tente de moderniser avec une identité visuelle unifiée – le nouveau marqueur télévisuel, dévoilé par Fox Sports, s’inscrit dans la campagne « We Are 26 ». En Argentine, plusieurs acteurs du numérique et de la télévision traditionnelle se disputent un marché où le streaming gagne du terrain.
Cette querelle asiatique pourrait avoir des conséquences durables. Privée des deux plus grands bassins de téléspectateurs, la FIFA verrait sa puissance d’attraction mondiale sérieusement entamée, alors même que l’édition 2026 inaugure une formule élargie à quarante-huit sélections. Un accord de dernière minute reste plausible, mais la marge de manœuvre se réduit. Pour les amateurs de football à Calcutta ou à Canton, l’attente est devenue un supplice, dans un continent où la religion du ballon rond se vit souvent en communauté, devant un écran unique, jusqu’à l’aube. L’issue de ces négociations dira si la Coupe du monde peut encore prétendre au titre de fête planétaire.
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