
Mondial 2026 : la polémique des prix et l’effondrement des réservations hôtelières assombrissent l’horizon
Entre prix des billets jugés «extorsion» par les supporters européens et désertion des touristes, la Coupe du monde américaine inquiète déjà.
À un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, les polémiques s’accumulent autour d’un événement que la Fifa présentait comme une vitrine de la mondialisation footballistique. Gianni Infantino, président de l’instance, a défendu avec vigueur la politique de prix des billets en invoquant la loi du marché américain. Lors de la conférence du Milken Institute à Beverly Hills, il a justifié des tarifs pouvant atteindre deux millions de dollars sur le marché secondaire pour la finale, estimant que les prix reflètent la demande et que la Fifa est contrainte de s’aligner sur le droit local, qui autorise la revente à des montants démultipliés. Cette argumentation peine à convaincre, alors que l’organisation européenne de supporters Football Supporters Europe a déposé une plainte auprès de la Commission européenne qualifiant cette tarification d’«extorsion» et de «trahison». Cinq cent millions de demandes de billets ont été enregistrées, mais l’accès au stade reste hors de portée pour une majorité de fans, notamment en Europe et en Amérique latine.
Du côté mexicain, l’amertume est vive. Le pays, qui devient la première nation à accueillir trois Coupes du monde, ne verra qu’une poignée de rencontres sur son sol – treize exactement –, et les prix prohibitifs découragent les supporters locaux. Francisco Javier Ferreira, septuagénaire ayant assisté aux éditions de 1970 et 1986, résume le sentiment général : seuls les plus aisés pourront franchir les tourniquets. Ce désenchantement s’ajoute aux difficultés logistiques qui frappent les États-Unis. L’American Hotel and Lodging Association a révélé que 80 % de ses membres installés dans les onze villes hôtes américaines constatent des réservations bien en deçà des prévisions, certains qualifiant l’événement de «non-événement». Les obstacles liés aux visas, les craintes géopolitiques et le coût élevé des séjours dissuadent les touristes étrangers, pourtant attendus comme le moteur d’un impact économique estimé à 30,5 milliards de dollars.
La Fifa persiste à invoquer la «loi du marché dynamique», mais les signaux sont contradictoires. Les plateformes de revente affichent des prix vertigineux, y compris pour des matches de phase de groupes, tandis que l’affluence réelle dans les stades pourrait être compromise par le désistement des voyageurs internationaux. L’expansion à 48 équipes, voulue par Infantino pour «déconcentrer le pouvoir footballistique européen», ajoute une complexité organisationnelle qui n’a pas encore produit les effets escomptés. Si l’engouement médiatique demeure, la déconnexion entre les ambitions affichées et la réalité du terrain – désaffection des supporters, gouffre financier pour les classes moyennes, désertion hôtelière – laisse présager un Mondial à la fois grandiose et fragilisé, où l’équation économique risque de l’emporter sur la ferveur populaire.
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