
OnlyFans, nouveau plan de retraite pour les stars hollywoodiennes, et mutation capitalistique
Jaime Pressly rejoint le réseau de contenu adulte. La plateforme, dont la veuve du fondateur prend le contrôle, cède 16 % de son capital.
Jaime Pressly, récompensée d’un Emmy pour son rôle dans *My Name Is Earl*, a ouvert son compte OnlyFans à quarante-huit ans. Elle rejoint ainsi Shannon Elizabeth, Carmen Electra ou Drea de Matteo, figures des années 1990 et 2000, qui se tournent massivement vers la plateforme de contenu par abonnement. Une tendance qui, outre-Atlantique, éclaire un phénomène plus profond : la classe moyenne d’Hollywood, privée de rôles stables et de rémunérations différées, voit dans OnlyFans une manière de monétiser directement sa notoriété. « Évoluer avec son temps », confie l’actrice, qui parle de connexion directe avec son public. Mais ce mouvement individuel s’inscrit dans une reconfiguration bien plus large du capitalisme numérique.
Car, en coulisses, la plateforme britannique connaît une mutation accélérée. Le décès en mars de son fondateur et principal actionnaire, l’Ukraino-Américain Leonid Radvinsky, a ouvert une phase de consolidation. Sa veuve, Yekaterina Chudnovsky, hérite du contrôle de 75 % des actions et des droits de vote de Fenix International, la société mère, avec la faculté de nommer la majorité du conseil d’administration. Quelques semaines plus tard, Architect Capital, un fonds basé à San Francisco, acquiert 16 % de l’entreprise pour 535 millions de dollars, valorisant l’ensemble à 3,15 milliards. Cette opération, rendue publique vendredi, prévoit le développement de services financiers destinés aux créateurs.
De Londres à Bogota, ces mouvements suscitent des lectures divergentes. En Europe, l’entrée d’Architect Capital signale une volonté de banaliser OnlyFans, en le dotant d’outils bancaires et d’assurance qui rapprochent la plateforme des *fintechs* classiques. En Amérique latine – où le modèle de monétisation directe connaît un essor rapide, notamment chez les créateurs de contenu – la prise de pouvoir par une héritière interroge : la gouvernance familiale protège-t-elle les créateurs ou favorise-t-elle une extraction de rente plus opaque ? Les observateurs colombiens rappellent que le phénomène dépasse les stars hollywoodiennes : des milliers de créateurs, souvent vulnérables, dépendent désormais de décisions prises à Chypre ou aux États-Unis.
L’avenir d’OnlyFans se joue ainsi sur deux plans. D’un côté, la plateforme attire une génération X d’actrices en fin de carrière, transformant la célébrité en rente directe, mais au prix d’une stigmatisation que le milieu – et le public – n’a pas totalement dissipée. De l’autre, l’appareil capitalistique se rationalise : la veuve Radvinsky, en verrouillant la majorité, et Architect Capital, en injectant des liquidités, préparent une expansion vers des marchés non pornographiques. Restera à savoir si cette double logique – casino des corps et banque des créateurs – pourra coexister sans que l’une ne phagocyte l’autre.
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