
Paper Tiger à Cannes : le classicisme de James Gray dans une compétition en quête de souffle
Ajouté in extremis, le polar de James Gray offre un répit dans une sélection exigeante, tout en interrogeant les mirages du rêve américain sous l’ère Trump.
L’irruption de *Paper Tiger* dans la course à la Palme d’or, à quelques jours du verdict cannois, a agi tel un contrepoint bienvenu à une compétition marquée jusqu’alors par un cinéma d’auteur volontiers dense et austère. Le récit linéaire du cinéaste américain, porté par Adam Driver et Scarlett Johansson, renoue avec le film de genre viril et mélodramatique qui a fait sa réputation, de *Little Odessa* aux *Maîtres de la nuit*. Dans le New York périphérique des années 1980, deux frères – un ex-policier et un ingénieur – tentent de réaliser leur rêve américain en s’attaquant au système de racket des mafieux russes, ces « tigres de papier » qui ont supplanté la Cosa Nostra dans la gestion des déchets portuaires.
Par contraste, les autres œuvres présentées samedi – *Sheep in the Box* du Japonais Hirokazu Kore-eda, fable de science-fiction sur le deuil et l’androïde, ou *El ser querido* de l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen – illustraient la diversité formelle d’une sélection volontiers expérimentale. La presse italienne, tout en saluant le retour des stars hollywoodiennes sur la Croisette, a surtout souligné la puissance commerciale du marché parallèle, où les contrats se nouent autour de Jason Statham plutôt que des palmes présumées. Au Québec, *Le Devoir* a regretté que James Gray reste systématiquement ignoré du grand public nord‑américain, chiffres de billetterie à l’appui, alors même que son œuvre incarne un pan essentiel du cinéma de genre américain.
Au-delà de l’anecdote cannoise, *Paper Tiger* porte un regard politique acéré sur l’Amérique trumpienne : les répliques de Driver, rapportées par *La Repubblica*, dénoncent un monde où « tout est argent », tandis que la figure du mafieux russe évoque la mainmise des oligarques sur l’économie new‑yorkaise. Le film s’inscrit ainsi dans la veine crépusculaire de Gray, qui n’a cessé de filmer l’effondrement des promesses de la société américaine.
Alors que la compétition touche à sa fin, *Paper Tiger* pourrait bien incarner un compromis entre le palmarès exigeant et le goût populaire. Reste que son échec commercial aux États‑Unis et l’enthousiasme des critiques européens révèlent un double fossé : celui qui sépare les attentes du public américain de celles du Vieux Continent, et celui qui oppose la logique de marché à la reconnaissance artistique. Cannes, comme souvent, corrige le tir en offrant une seconde vie à un auteur mal‑aimé chez lui.
| Presse européenne continentale | −0.60 | critical |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | +0.50 | aligned |
| Presse latino-américaine | −0.70 | critical |
Les médias continentaux européens présentent Paper Tiger de James Gray comme un néo-noir sombre qui critique ouvertement le rêve américain, reliant sa corruption à la politique de l’ère Trump et à l’influence de la mafia russe. Le film est vu comme un miroir d’une société où l’argent prime sur tout, et sa représentation crue de la banlieue new-yorkaise devient une métaphore du déclin général. L’accent est mis sur le sous-texte politique plutôt que sur le simple divertissement.
Les médias atlantiques/anglophones célèbrent Paper Tiger comme un thriller tendre et émotionnellement résonnant qui persiste longtemps après le générique, louant son savoir-faire et la chimie de ses stars. Le film est présenté comme une forme rare de suspense qui privilégie la famille et la perte plutôt que les sensations bon marché, offrant un plaisir cinématographique simple mais profond. Les critiques se concentrent sur son mérite artistique et son impact immédiat, bien plus que sur des commentaires politiques.
Les médias latino-américains rejettent Paper Tiger, le plaçant parmi les films faibles en compétition à Cannes et remettant en question sa valeur artistique. La couverture se concentre sur le tapis rouge étoilé plutôt que sur le film lui-même, suggérant que la présence de célébrités ne peut compenser une œuvre décevante. Le ton est celui de la déception et du scepticisme face au battage médiatique.
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