
Cinq grands éditeurs attaquent Meta pour pillage de millions d’œuvres au profit de son IA
Les maisons Hachette, Macmillan, McGraw Hill, Elsevier et Cengage portent plainte contre Meta et son PDG pour utilisation illégale de livres protégés.
L’offensive judiciaire est d’une ampleur inédite. Cinq des plus grands éditeurs mondiaux – Hachette, Macmillan, McGraw Hill, Elsevier et Cengage – ont déposé mardi une action collective contre Meta et son fondateur, Mark Zuckerberg, devant un tribunal fédéral de Manhattan. Ils accusent le groupe californien d’avoir copié sans autorisation des millions d’ouvrages protégés par le droit d’auteur pour entraîner son modèle de langage Llama, et ce avec l’aval personnel de son PDG. Le romancier Scott Turow, auteur de best-sellers juridiques, s’est joint à la plainte, transformant ce dossier en un thriller judiciaire bien réel. La pièce maîtresse de l’accusation repose sur l’usage de bibliothèques pirates comme LibGen et Anna’s Archive, dont les ingénieurs de Meta auraient systématiquement téléchargé les fichiers pour nourrir leur algorithme, effaçant au passage toute mention des droits d’auteur.
Ce n’est pas la première fois que Meta se retrouve au cœur d’une tempête juridique pour ses pratiques d’extraction de données. Mais cette affaire revêt une dimension symbolique forte : elle oppose directement la logique du « move fast and break things » chère à Zuckerberg à la protection des créateurs. Outre-Atlantique, le débat sur le fair use – cette exception juridique qui permettrait d’utiliser des œuvres sans licence à des fins de recherche ou d’innovation – est relancé. Les éditeurs plaident que le but lucratif de Meta et l’ampleur des copies excluent toute légitimité. La position de l’entreprise, qui invoque précisément ce fair use, sera scrutée jusqu’à la Cour suprême, où ce dossier pourrait atterrir.
En Europe, l’affaire suscite une attention particulière, notamment dans les pays francophones. La législation sur le droit d’auteur y est plus stricte qu’aux États-Unis, encadrée par la directive européenne sur le copyright de 2019. En France, des actions similaires ont déjà été intentées contre d’autres géants de l’IA, et le précédent Meta pourrait influencer les contentieux en cours. Les éditeurs belges et canadiens – qui partagent une sensibilité forte à la défense de la création francophone – suivent de près cette bataille, d’autant que des œuvres de langue française pourraient avoir été aspirées sans consentement. En Afrique, où la question de la rémunération des auteurs se heurte à des cadres juridiques fragiles, ce procès pose la question de l’équité dans l’accès aux données pour les pays du Sud.
Au-delà du préjudice économique, c’est le modèle même de l’intelligence artificielle générative qui est mis en cause. Les maisons d’édition ne demandent pas seulement des dommages et intérêts ; elles réclament que Meta reconnaisse le caractère systématique et délibéré de l’infraction. La présidente de l’Association américaine des éditeurs a résumé le dilemme : l’IA ne parviendra jamais à maturité si elle se contente de piller la recherche et l’imagination humaines. Pour l’heure, Meta promet de se défendre « vigoureusement ». Mais dans les salles de rédaction comme dans les cabinets d’avocats, un consensus se dessine : cette affaire marquera un tournant dans la régulation des données d’entraînement, avec des répercussions bien au-delà des frontières américaines.
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