
Prabowo et Kalla scellent un mégaprojet d'énergie verte à 70 000 milliards de roupies
Le président indonésien appuie le plan d'investissement de Jusuf Kalla pour développer l'hydroélectricité, un signal fort en faveur de la transition énergétique dans la première économie d'Asie du Sud-Est.
C’est une rencontre au sommet qui pourrait redessiner le paysage énergétique indonésien. Jeudi 11 juin 2026, le président Prabowo Subianto a reçu au palais de Merdeka l’ancien vice-président Jusuf Kalla, figure tutélaire du monde des affaires, accompagné de son fils Solihin, directeur général du conglomérat Kalla Group. Au cœur de cet entretien, sollicité par M. Kalla lui-même, un projet d’investissement colossal : entre 60 000 et 70 000 milliards de roupies (environ 3,5 à 4 milliards d’euros) destiné à muscler la production d’énergie renouvelable, en particulier hydraulique. L’aval présidentiel, confirmé par le secrétaire du cabinet, témoigne d’une volonté commune d’accélérer la marche vers l’autosuffisance énergétique, pilier affiché de la stratégie économique nationale.
Le groupe Kalla n’en est pas à son coup d’essai. Il exploite déjà des centrales hydroélectriques totalisant 1 500 mégawatts de capacité installée, un socle que ce nouveau programme viendrait considérablement étoffer. L’objectif est double : répondre à une demande d’électricité qui croît au rythme de l’industrialisation et de la démographie, et ancrer l’Indonésie dans la course mondiale à la décarbonation. Pour les observateurs européens, cette initiative illustre la montée en puissance des acteurs privés du Sud dans le financement de la transition, un créneau longtemps dominé par les fonds multilatéraux. Des entreprises françaises ou belges, déjà présentes dans l’hydroélectricité en Asie, pourraient y voir une opportunité de partenariat technologique, tandis que les marchés financiers de Paris ou de Luxembourg suivront avec attention les modalités de levée de fonds.
Au-delà du cercle des investisseurs, ce rapprochement entre le chef de l’État et un ancien numéro deux du gouvernement revêt une dimension politique et géoéconomique. Depuis son arrivée au pouvoir, Prabowo Subianto multiplie les signaux en faveur d’une croissance verte, condition sine qua non pour attirer les capitaux internationaux et respecter les engagements climatiques de l’archipel. Selon des analystes basés à Jakarta, le feu vert donné à M. Kalla envoie un message de stabilité et de continuité, propre à rassurer les chancelleries occidentales et les agences de notation. Pour les économies francophones du continent africain, souvent en quête de modèles de développement énergétique, l’expérience indonésienne pourrait faire école : un État qui mise sur ses ressources hydrauliques et sur l’implication de grands groupes locaux pour réduire sa dépendance au charbon.
Reste à transformer l’essai. La réalisation d’un tel projet exigera des études d’impact environnemental rigoureuses, une intégration délicate au réseau électrique existant et un calendrier qui devra s’accorder avec les échéances électorales. Les milieux d’affaires européens, de Bruxelles à Genève, observeront si Jakarta parvient à concilier ambition industrielle et exigences de durabilité, condition pour mobiliser les financements verts internationaux. Si le duo Prabowo-Kalla réussit, l’Indonésie pourrait bien devenir le laboratoire d’une transition énergétique pilotée par le Sud, redéfinissant les équilibres de la coopération climatique mondiale.
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