
Quinze ans après Utøya, l’ombre persistante de l’extrémisme de Breivik
Les commémorations de l’attentat du 22 juillet 2011 en Norvège ravivent les interrogations sur la normalisation des idées d’extrême droite et l’évolution des politiques migratoires en Europe.
Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik tuait 77 personnes en Norvège, d’abord par l’explosion d’une voiture piégée dans le quartier gouvernemental d’Oslo, puis en ouvrant le feu sur le camp d’été de la jeunesse travailliste sur l’île d’Utøya. Quinze ans plus tard, la portée politique de ce massacre, motivé par un manifeste suprémaciste de 1 500 pages, fait l’objet de lectures divergentes, alors que plusieurs observateurs soulignent la banalisation de ses thèses dans le débat public.
Selon un commentaire du quotidien suédois Göteborgs-Posten, la rhétorique du terroriste, qui entendait « sauver la race blanche » face à la « destruction de l’Europe par l’immigration de masse », trouve un écho dans la politique menée par le gouvernement suédois actuel. L’éditorialiste pointe l’influence du parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, qui, en échange de son soutien parlementaire, aurait imposé des mesures telles que des enquêtes de « moralité » pour les étrangers, des incitations financières au « retour » et des expulsions de personnes traumatisées par la guerre. Cette analyse, partagée par l’ancienne ministre suédoise Birgitta Ohlsson dans l’Uppsala Nya Tidning, établit un lien entre la progression électorale des formations d’extrême droite en Europe – comme l’AfD en Allemagne ou les groupes Patriots for Europe et ECR au Parlement européen – et l’assaut du Capitole aux États-Unis le 6 janvier 2021, dont de nombreux participants ont été graciés par le président Donald Trump en 2025.
Le journal italien MillenniuM relève pour sa part que le manifeste de Breivik théorisait dès 2011 une « remigration » massive des étrangers, notamment musulmans, à réaliser d’ici 2083 par des incitations financières ou par la force. L’article compare cette proposition au plan de l’administration Trump offrant mille dollars et un billet d’avion aux migrants acceptant un départ volontaire, et estime que de telles idées ne susciteraient plus aujourd’hui le même scandale. La normalisation de la violence comme outil politique, ajoute le quotidien, accompagne un discrédit croissant envers l’État de droit et les institutions internationales.
En Norvège, le traitement réservé au meurtrier continue d’alimenter la controverse. La Neue Zürcher Zeitung décrit les conditions de détention de Breivik dans un quartier de haute sécurité près d’Oslo, où il dispose d’un espace de vie sur deux étages avec salle de sport, cuisine équipée et trois perruches. Condamné à vingt et un ans de prison assortis d’une mesure de rétention pouvant être prolongée indéfiniment, il a saisi la justice en invoquant un traitement inhumain, plaçant le système pénitentiaire norvégien face au dilemme de concilier sanction et principes de dignité humaine.
L’ancien premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, qui devait se rendre sur l’île le lendemain du drame, a confié à l’agence ANSA que cet attentat l’avait touché « en tant que chef de gouvernement, dirigeant du parti travailliste et personne ». Il appelle à « continuer à combattre les extrémistes chaque jour » et à défendre les valeurs démocratiques, tandis qu’un musée permanent ouvre ses portes en mémoire des victimes. La commémoration intervient alors que, selon les services de sécurité suédois cités par Birgitta Ohlsson, la menace terroriste en Suède émane principalement de l’islamisme violent et de l’extrême droite violente, deux mouvances transnationales contre lesquelles les démocraties doivent coopérer sans œillères idéologiques.
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