
Reclassement du cannabis médical aux États-Unis : une brèche dans la prohibition fédérale
Le ministère américain de la Justice a annoncé jeudi la reclassification du cannabis médical sous licence d’État et des médicaments approuvés par la FDA de la catégorie la plus restrictive (Schedule I) vers la Schedule III, une décision qui marque un tournant dans la politique fédérale des stupéfiants. En signant cet ordre, le procureur général par intérim Todd Blanche a aligné ces produits sur des substances comme la kétamine ou certains analgésiques, reconnaissant ainsi leur utilité thérapeutique et leur moindre dangerosité. Cette mesure ne légalise pas le cannabis au niveau fédéral – il reste interdit – mais elle supprime des obstacles majeurs à la recherche clinique et offre aux médecins un cadre plus souple pour prescrire. Elle fait suite à un décret présidentiel signé le 18 décembre par Donald Trump, qui avait chargé son administration d’engager ce processus.
Aux États-Unis, où les trois quarts des citoyens vivent désormais dans un État ayant légalisé le cannabis à des fins médicales ou récréatives, le décalage entre le droit fédéral et les législations locales s’était creusé. Ce reclassement réduit cette tension, même si les disparités d’arrestations persistent : certains États conservent une politique répressive, comme le montre une cartographie récente des interpellations liées au cannabis. Du côté canadien, où la légalisation complète est en vigueur depuis 2018, la décision américaine est perçue comme une avancée susceptible de faciliter les échanges scientifiques transfrontaliers, notamment pour les entreprises québécoises du secteur, comme le rapporte Radio-Canada.
En Europe et dans l’espace francophone, le débat sur le cannabis médical reste fragmenté. La Belgique autorise des prescriptions sous conditions, tandis que la France mène des expérimentations limitées. En Afrique, plusieurs pays – à l’image du Maroc, qui a légalisé l’usage médical et industriel du cannabis en 2021 – observent cette évolution avec intérêt, y voyant un levier potentiel pour leurs propres industries naissantes. La décision américaine pourrait ainsi accélérer les discussions au sein de l’Union européenne et dans les instances africaines, où la convergence entre recherche et politiques publiques reste à construire.
Vers l’avenir, l’annonce d’une audience accélérée en juin 2026 devant la DEA pour envisager une reclassification plus large de tous les produits à base de cannabis laisse entrevoir une dépénalisation progressive. Si cette perspective se concrétise, elle ouvrirait la voie à une révision complète du statut du cannabis aux États-Unis, avec des répercussions géopolitiques et économiques considérables. Mais les résistances demeurent, tant au sein des appareils répressifs que dans les États où la prohibition reste forte. Cette brèche dans le système de classification fédéral, bien que partielle, constitue néanmoins un signal fort pour les partisans d’une régulation fondée sur la science et les droits des patients.
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