
Refonte du NDIS : l’Australie taille dans ses dépenses sociales, au risque d’exclure les plus fragiles
Le gouvernement travailliste australien engage une réforme d’ampleur du National Disability Insurance Scheme (NDIS), ce système d’assurance pour personnes handicapées dont le coût a explosé. L’objectif affiché est de réaliser 35 milliards de dollars d’économies d’ici la fin de la décennie, en réduisant le nombre de bénéficiaires de 760 000 à 600 000 et en instaurant un nouveau test d’éligibilité fondé sur le besoin fonctionnel. Cette volte-face, après des années de « laissez-faire » ayant favorisé des fraudes et des surfacturations massives, s’accompagne d’un renforcement des contrôles pour les prestataires. Mais les associations de personnes handicapées redoutent un repli bureaucratique qui pénaliserait les plus dépendants, tandis que les petits opérateurs régionaux craignent de ne pouvoir supporter les coûts de mise en conformité.
Dans les zones rurales et éloignées, l’inquiétude est particulièrement vive. Les prestataires de services, souvent de petite taille, alertent sur le risque de disparition pure et simple, ce qui réduirait encore l’accès aux soins pour des populations déjà isolées. Les familles et aidants y voient une double peine : la réforme les priverait de soutiens essentiels sans alternative crédible. À Canberra, au cœur du système, des bénéficiaires comme Ellie Kaduszyn, autiste, s’inquiètent de perdre les activités sociales et les aides à domicile qui ont transformé leur quotidien. Le gouvernement du Territoire de la capitale australienne promet de chercher des solutions, mais l’incertitude domine.
Sur le plan des relations fédérales, le trésorier Jim Chalmers a prévenu les États et territoires qu’ils perdraient collectivement 2,8 milliards de dollars d’ici deux ans s’ils ne participent pas au financement de « soutiens fondamentaux » pour les personnes aux besoins légers ou modérés, que le NDIS n’a jamais été conçu pour couvrir. Le premier ministre d’Australie-Méridionale, Peter Malinauskas, a salué le « courage politique » du fédéral, tout en insistant sur l’urgence de développer ces services de base en dehors du NDIS. L’opposition libérale, par la voix d’Angus Taylor, a apporté son soutien à la refonte, reconnaissant la nécessité de préserver la viabilité du programme pour les cas les plus lourds.
Ce consensus bipartisan ne masque pas les tensions. La mise en place d’un nouvel outil d’évaluation, prévu pour 2028, suscite l’inquiétude des ergothérapeutes et des psychologues, qui redoutent une approche « unique » incapable de saisir la diversité des handicaps. L’éditorial du Sydney Morning Herald qualifie la réforme de « regrettable mais nécessaire », tout en admettant qu’elle laissera des familles sur le carreau, notamment parmi les personnes autistes. Au-delà des frontières australiennes, ce débat résonne avec ceux qui animent les systèmes de protection sociale en Europe, où la tension entre maîtrise budgétaire et droits des personnes handicapées n’a jamais été aussi vive. L’avenir du NDIS dépendra donc moins de la rigueur des coupes que de la capacité à bâtir, en parallèle, un filet de sécurité digne de ce nom.
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