
El Salvador juge en masse 486 membres du MS-13 : le procès choc de Bukele
Le méga-procès qui s’est ouvert jeudi dans la prison de haute sécurité du Cecot, au Salvador, n’a pas d’équivalent dans l’histoire judiciaire de l’Amérique latine. 486 prévenus, têtes rasées et enchaînés, y sont jugés pour près de 47 000 crimes commis entre 2012 et 2022 au nom du redoutable gang Mara Salvatrucha. Vingt-deux de leurs chefs figurent parmi les accusés. La procédure, qualifiée par le président Nayib Bukele de « Nuremberg salvadorien », s’est ouverte dans une atmosphère de propagande d’État : des témoins anonymes ont décrit des sévices d’une brutalité inouïe, tandis que les accusés restaient silencieux, privés de tout contact avec leurs avocats. Ce procès collectif est l’aboutissement du régime d’exception décrété en mars 2022, qui a suspendu les garanties constitutionnelles et permis l’arrestation de plus de 80 000 personnes. Si la popularité de Bukele atteint des sommets dans la région – il reste le chef d’État le mieux noté d’Amérique latine –, la méthode suscite des interrogations croissantes au-delà des frontières salvadoriennes.
Du point de vue centraméricain, cette politique de « mano dura » répond à une demande sociale impérieuse : les gangs, notamment le MS-13, ont longtemps terrorisé les populations, rançonnant, tuant et imposant leur loi dans des quartiers entiers. Les pays voisins, comme le Honduras ou le Guatemala, observent avec attention le modèle Bukele, certains y voyant une alternative efficace à l’impunité chronique. Mais des organisations de défense des droits humains, relayées par des voix européennes et canadiennes, dénoncent un processus judiciaire expéditif, où la présomption d’innocence est systématiquement bafouée. Le gouvernement salvadorien, lui, insiste sur le caractère terroriste du MS-13, classé comme tel par les États-Unis, et justifie l’exceptionnalité des mesures par l’exceptionnalité de la menace. Depuis Washington, l’administration Biden, tout en saluant les résultats sécuritaires, exprime sa réserve face aux arrestations arbitraires et à la militarisation de la justice.
Ce procès hors norme pose une question décisive pour l’avenir de l’État de droit en Amérique centrale. La lutte contre le crime organisé justifie-t-elle la suspension des droits fondamentaux ? Le précédent salvadorien pourrait inspirer d’autres dirigeants de la région tentés par une gouvernance autoritaire déguisée en efficacité sécuritaire. Mais le pari de Bukele est aussi temporel : tant que la criminalité recule et que la popularité demeure, la communauté internationale peine à faire entendre ses critiques. À moyen terme, la capacité du Salvador à juger équitablement ces centaines de prévenus – dans le cadre d’un système judiciaire souvent débordé – déterminera si cette expérience reste un cas d’école ou devient un dangereux précédent pour l’équilibre démocratique de la région.
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