
Studio Ghibli couronné à Oviedo : un artisanat animé au service de l'universel
Le studio japonais reçoit le Prix Princesse des Asturies de la Communication pour des œuvres où l'empathie, la nature et le geste manuel transcendent les générations et les continents.
Le studio d'animation japonais Ghibli, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Toshio Suzuki, vient de se voir décerner le Prix Princesse des Asturies de la Communication et des Humanités 2026. Le jury, réuni à Oviedo, a salué la capacité exceptionnelle de cette maison à transformer la créativité en connaissance et en communication, forgeant des récits universels où l'humanisme et la tolérance s'incarnent dans une esthétique entièrement artisanale. Ce choix dépasse la simple reconnaissance d'un studio : il consacre une certaine idée de la lenteur et du soin à une époque dominée par l'image numérique et la production standardisée.
D'Espagne, où la cérémonie a eu lieu, on souligne que Ghibli a bâti un « pont culturel » entre les générations et les nations, rapprochant l'Asie de l'Europe par des histoires qui parlent de la mémoire, de l'enfance et du lien avec la nature. Du côté japonais, la philosophie de Miyazaki – il confiait que chaque jour, sur un même chemin, le vent et la lumière changent tout – imprègne chaque image. Loin des studios numériques, ses équipes continuent de dessiner à la main, faisant de chaque film une œuvre d'art où la technique s'efface devant l'émotion.
En Amérique latine, l'attribution du prix a résonné comme une validation de cette approche sensible. Les œuvres comme "Le Voyage de Chihiro" ou "Mon voisin Totoro" y sont reçues comme des fables écologiques et sociales, portées par une empathie qui traverse les barrières linguistiques. Dans le monde francophone – de la France, où le cinéma d'animation japonais jouit d'une reconnaissance exceptionnelle, au Québec et à la Belgique – le geste de Ghibli est perçu comme une résistance créative : celle de l'artisanat face à l'industrialisation, du collectif face à la standardisation.
Mais quel avenir pour le studio alors que Miyazaki, âgé de 84 ans, vient de livrer "Le Garçon et le Héron", présenté comme son adieu possible ? L'œuvre, testament d'un univers en perpétuel renouvellement, interroge notre rapport à la mort et au temps. L'analyse transversale des observateurs suggère que Ghibli, même sans son maître, pourrait survivre comme modèle : une manière de faire du cinéma enracinée dans une éthique de la lenteur, de l'attention et de la transmission. Le Prix Princesse des Asturies, loin d'être un point final, apparaît comme une invitation à repenser notre rapport à l'image dans un monde saturé de vitesse.
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