
Tchernobyl, 40 ans après : l’ombre nucléaire ravivée par la guerre en Ukraine
L’accusation portée dimanche par le président ukrainien Volodymyr Zelensky contre Moscou, qualifiant de « terrorisme nucléaire » les agissements russes autour de la centrale de Tchernobyl, a résonné bien au-delà des frontières de l’Ukraine, quarante ans jour pour jour après la pire catastrophe nucléaire civile de l’histoire. Alors que des drones de fabrication iranienne survolent régulièrement le sarcophage du réacteur numéro quatre – l’un d’eux ayant même percuté l’enceinte de confinement l’an dernier –, le souvenir de la nuit du 26 avril 1986 s’est mué en un avertissement d’une actualité brûlante. La presse européenne, de Rome à Madrid en passant par Paris, a largement relayé ce parallèle troublant entre la tragédie soviétique et les risques nucléaires induits par l’invasion russe, soulignant que les nuages radioactifs de 1986 n’avaient épargné ni la Biélorussie, ni la Scandinavie, ni les plaines d’Europe centrale.
La commémoration ne pouvait se réduire à un exercice mémoriel. Les frappes russes qui se sont abattues sur plusieurs régions ukrainiennes en ce même week-end ont tué au moins seize civils, selon les bilans compilés par les autorités locales et les agences internationales. La ville de Dnipro, pilonnée pendant des heures par des salves de drones et de missiles, a payé le tribut le plus lourd, avec neuf morts et des dizaines de blessés, tandis que la région frontalière de Soumy déplorait la mort de deux habitants sous les coups d’un drone. En sens inverse, une femme a péri dans la région russe de Belgorod à la suite d’une attaque de drones ukrainiens, et un homme a été tué à Sébastopol, en Crimée occupée. Cette comptabilité macabre, que les médias russes et ukrainiens relatent chacun selon leur prisme, souligne l’enlisement d’un conflit qui, loin de se figer, continue de dévorer les populations civiles sur toute la ligne de front et au-delà.
Dans ce paysage de tensions extrêmes, une lueur diplomatique a cependant percé depuis le Caucase du Sud. À l’issue d’une rencontre avec son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliyev, Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à participer à une nouvelle phase de négociations trilatérales impliquant la Russie et une médiation américaine, et a proposé que l’Azerbaïdjan en devienne le théâtre, reprenant ainsi un format autrefois expérimenté en Suisse. Observée depuis les capitales européennes, cette proposition traduit une volonté ukrainienne de ne pas laisser l’initiative du dialogue au seul Kremlin, au moment même où Donald Trump évoquait publiquement des « bonnes conversations » avec les deux belligérants, tout en déplorant l’incroyable haine qui les anime. La perspective d’une désescalade, pour fragile qu’elle soit, est scrutée avec attention en Afrique francophone comme au Canada, où l’opinion publique redoute qu’un conflit prolongé ne continue d’aggraver l’insécurité alimentaire mondiale et les fractures du droit international.
Au Vatican, la parole pontificale a conféré une dimension spirituelle à cette journée anniversaire. Le pape Léon XIV a appelé la communauté internationale à faire en sorte que l’énergie atomique serve exclusivement « la vie et la paix », demandant que discernement et responsabilité prévalent à tous les niveaux de décision. Cette intervention s’inscrit dans la lignée des inquiétudes exprimées par les écologistes européens, partagés entre le rejet historique de l’atome hérité de Tchernobyl et la reconnaissance croissante qu’une énergie nucléaire civile bien maîtrisée pourrait contribuer à la transition climatique – un débat qui traverse les sociétés belge, française et allemande avec une intensité particulière.
Quarante ans après que le réacteur numéro quatre eut craché ses radionucléides à travers le continent, la guerre en Ukraine a transformé le site de Tchernobyl en un enjeu sécuritaire et stratégique qui dépasse de loin le symbole. Les experts cités par la presse occidentale rappellent que les matières dangereuses qui y reposent le seront pour des dizaines de milliers d’années, rendant toute militarisation des abords de la centrale potentiellement catastrophique. L’histoire ne se répète pas, mais elle concentre aujourd’hui en un même lieu la mémoire d’une faillite soviétique et la crainte d’une nouvelle imprudence qui, dans l’indifférence passagère d’un bombardement nocturne, pourrait infliger à la planète une blessure radioactive dont elle se serait crue guérie.
Élargis ton regard
La victoire étriquée d’Abdul El-Sayed dans le Michigan bouscule l’establishment démocrate
4 langues · 55 sources
Depuis Economy & MarketsLa guerre au Proche-Orient propulse les bénéfices des majors pétrolières à des sommets
2 langues · 21 sources
Depuis TechnologyWashington exclut les modèles d’IA ouverts, y compris chinois, de son nouveau cadre de sécurité
3 langues · 11 sources