
Telefónica limoge le PDG de Movistar+ et accélère son désengagement latino-américain
La maison mère de Movistar+ a brutalement mis fin, jeudi, aux fonctions de son directeur général, Daniel Domenjó, nommé treize mois plus tôt par le président exécutif Marc Murtra. Ce limogeage s’accompagne de la promotion d’Alfonso Gómez Palacio, jusqu’alors président de Telefónica Hispanoamérica, à la tête de la filiale de télévision payante. Le mouvement, validé lors d’un conseil d’administration extraordinaire, traduit une impatience stratégique : après une année de transition, Murtra estime que la division contenus doit changer de cap, et il confie les rênes à un homme rompu aux réalités du continent américain. Mais ce remplacement s’inscrit dans un basculement plus vaste, celui du désengagement progressif de Telefónica en Amérique latine.
Au même moment, au Mexique, la cession des filiales Pegaso PCS et Celular de Telefonía au consortium américain Melisa Acquisition, pour 450 millions de dollars, jette une lumière crue sur cette réorientation. Il s’agit de la septième désinvestissement du groupe dans la région depuis l’arrivée de Murtra. Les autorités mexicaines, par l’intermédiaire de la Procuraduría Federal del Consumidor (Profeco), ont aussitôt signé trois conventions visant à protéger les abonnés pendant la transition, soucieuses d’éviter un vide juridique. Ce dispositif illustre la sensibilité politique d’une opération qui transfère à un acteur états-unien une part de l’infrastructure télécoms du pays, dans un contexte de tensions commerciales nord-américaines.
D’un point de vue européen, cette double décision — remplacement express à Madrid et cession à Mexico — signale un recentrage sur le marché domestique espagnol, où la concurrence d’Orange et de MásOrange se durcit. En ramenant Gómez de l’Amérique latine, Telefónica mise sur son expertise des marchés émergents pour redresser Movistar+, mais aussi sur une meilleure intégration entre téléphonie et contenus. Dans les milieux francophones d’Afrique et du Canada, où des opérateurs comme Orange ou Québecor affrontent des problématiques analogues de convergence et de désengagement de zones périphériques, ce précédent est observé avec attention. La question est désormais de savoir si ce retour à un management plus proche des racines hispaniques permettra à Telefónica de résister à l’offensive des géants du streaming, ou s’il ne fait que masquer une stratégie de repli sans cap clair.
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