
Treize hommes identifiés : les oubliés de la guerre navale de Trump dans les Caraïbes
Une enquête révèle l'identité de treize victimes des tirs américains en mer. Derrière le discours antiterroriste, des vies précaires anéanties.
C’est un détail qui change tout. Après cinq mois d’investigation menée par le Centre latino-américain de journalisme d’investigation (CLIP), treize hommes tués par des tirs de l’armée américaine dans les Caraïbes et l’est du Pacifique ont enfin un nom. Jusqu’alors, seules trois victimes avaient été identifiées, à l’occasion de procédures judiciaires intentées par leurs familles contre la Maison-Blanche. Sur près de deux cents morts dénombrés depuis le début de la campagne militaire américaine, déclenchée lors du renforcement des forces autour du Venezuela en 2023, l’administration Trump n’avait jamais jugé utile d’établir l’identité de ceux qu’elle qualifie systématiquement de « narco-terroristes ».
Ces treize hommes, pour la plupart originaires des côtes vénézuéliennes et trinidadiennes, étaient des « rebuscadores », selon le terme employé par la presse latino-américaine : pêcheurs, moto-taxis, gardiens de bétail, hommes de peine vivant d’expédients, qui, faute d’autre choix, montent sur des embarcations précaires pour tenter leur chance en mer. Aucune preuve n’a été apportée par Washington qu’ils transportaient de la drogue. Pourtant, le discours officiel les réduit à des cibles, sans enquête préalable ni procès, au nom d’une guerre contre le trafic de stupéfiants dont les victimes sont presque toujours les plus pauvres.
Cette logique s’inscrit dans un cadre plus large que révèle la nouvelle « stratégie de contre-terrorisme » publiée en mai par l’administration Trump, sous la plume de son conseiller Sebastian Gorka. Ce document de seize pages, entaché de coquilles et de généralités, opère un bouleversement profond dans la hiérarchie des menaces : les cartels latino-américains passent désormais avant les groupes islamistes, tandis que l’extrême droite violente, pourtant classée par le FBI comme la première menace intérieure, est tout simplement ignorée. En revanche, les militants antifascistes et les activistes de gauche figurent parmi les cibles prioritaires, mêlant guerre extérieure et répression intérieure. « Nous vous trouverons et nous vous tuerons », promet le texte, comme le relèvent les enquêtes américaines.
La convergence entre ces deux logiques – la chasse aux migrants en mer et la criminalisation de la dissidence – n’est pas fortuite. En Europe comme en Afrique francophone, ce précédent suscite une inquiétude croissante : la qualification de « narco-terroriste » pourrait servir de modèle à d’autres puissances pour justifier des opérations extrajudiciaires contre des populations précaires. Les ONG de défense des droits humains, tant au Canada qu’en Belgique, dénoncent une dérive qui fragilise le droit maritime et la présomption d’innocence.
À l’avenir, cette stratégie risque de s’étendre à d’autres zones grises, du golfe de Guinée aux côtes yéménites, où des populations vulnérables pourraient subir le même sort. La publication des noms des treize hommes, aussi tardive soit-elle, constitue un rappel brutal : derrière les étiquettes sécuritaires, ce sont des vies humaines qui disparaissent, souvent sans que personne ne les réclame. Le silence des institutions internationales sur ces cent quatre-vingt-dix-neuf morts en mer interroge la capacité du droit à protéger les plus faibles face à la puissance militaire.
| Presse latino-américaine | −0.90 | critical |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | −0.80 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.40 | critical |
L'administration Trump a massacré au moins 179 personnes en mer, sans jamais chercher à savoir qui elles étaient ni ce qu'elles faisaient. Beaucoup étaient de simples pêcheurs, mototaxistes ou aides de bateau, requalifiés en narcotrafiquants pour justifier une guerre navale contre les pauvres. Les treize corps désormais identifiés sont la preuve d'une stratégie qui efface les vies et les identités.
La nouvelle stratégie antiterroriste de Trump fusionne la guerre à l'étranger avec la répression de la dissidence intérieure, ciblant les narcotrafiquants, les militants antifascistes et quiconque est étiqueté comme ennemi. Le document promet 'nous vous trouverons et nous vous tuerons', ignorant la violence d'extrême droite et fondant les priorités sur des calculs politiques. Les attaques navales dans les Caraïbes sont une pièce de cette déclaration de guerre mondiale, réelle et imaginaire.
Une enquête journalistique de plusieurs mois a permis d'identifier treize victimes jusqu'alors inconnues des attaques navales américaines dans les Caraïbes et le Pacifique oriental. Près de deux cents personnes ont été tuées lors de ces opérations, mais Washington n'identifie pas systématiquement les victimes et n'a publié que trois noms après des poursuites judiciaires des familles. L'administration Trump les a qualifiées de 'narcoterroristes' sans fournir de preuves.
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